12 juin, 2010

La Sainte Vierge

Classé dans : Eglise,Foi, témoignage, exhortations — senalaetitia @ 19:27

(en la fête du Coeur immaculé de Marie)

Grand mystère que la puissance de la demande de prière à Marie. Certains chrétiens d’autres confessions ne le comprennent pas. C’est comme aux noces de Cana où, après que Marie a simplement dit à Jésus : « Ils n’ont plus de vin ». Jésus est intervenu alors qu’il semblait ne pas en avoir l’intention…

Marie, de son côté, nous dit cette seule chose : « Faites tout ce qu’il vous dira » (Jean 2, 1-5)

Extrait d’un article du P. Xavier dans le bulletin d’informations du secteur pastoral du Port de mai 2010

10 juin, 2010

L’Eglise catholique sexiste ?

Classé dans : Eglise,Société — senalaetitia @ 0:10

Pas de femme ordonnées au sacerdoce ministériel. Pourquoi ?

Ce n’est pas du sexisme impur et dur. C’est juste une question de configuration au Christ prêtre et de respect des choix du Seigneur Lui-même.
Le Christ est un homme et il n’a choisi que des hommes comme Apôtres. Ainsi, l’Eglise choisit, comme ministres ordonnés, exclusivement des hommes, conformément au choix que le Christ avait fait Lui-même, comme une Epouse fidèle à la volonté de son Epoux.

« Seul un homme (vir) baptisé reçoit validement l’ordination sacrée. » Le Seigneur Jésus a choisi des hommes (viri) pour former le collège des douze apôtres, et les apôtres ont fait de même lorsqu’ils ont choisi les collaborateurs qui leur succèderaient dans leur tâche. Le collège des évêques, avec qui les prêtres sont unis dans le sacerdoce, rend présent et actualise jusqu’au retour du Christ le collège des Douze. L’Eglise se reconnaît liée par ce choix du Seigneur lui-même. C’est pourquoi l’ordination des femmes n’est pas possible. (Catéchisme de l’Eglise catholique 1577)
Le Christ sexiste ?

Non. Chacun a sa place. Celui de la femme n’est pas moindre, mais il n’est pas le même que celui de l’homme -sans cela, une femme pourrait être un homme et inversement, il n’existerait aucune différence de nature entre hommes et femmes. Or quand Dieu a créé l’Homme à son image et ressemblance, il les a créés hommes et femmes.

Les femmes ont un rôle important. Déjà, auprès du Christ… il avait des disciples fidèles et aimantes parmi les femmes, et qu’il estimait particulièrement, comme Marthe et Marie, ou comme cette femme, la seule qui avait pensé à oindre son corps en vue de l’ensevelissement (Mc 14, 3-9).
Ensuite, notons qu’avant même les disciples, la première missionnaire a été Marie-Madeleine, que Jésus a envoyé auprès des Apôtres pour leur dire la bonne nouvelle : « va trouver mes frères et dis-leur : je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu » (Jean 20, 17-18).
Le Christ n’est pas « sexiste » (si tant est qu’on puisse juger Dieu). Aujourd’hui encore, les femmes ont bien leur place dans l’Eglise -mais pas la place des hommes : c’est une question d’ordre sans quoi c’est le désordre, si les femmes deviennent des hommes et qu’il faut transformer les hommes en femmes…

Jésus a souvent eu pour messager privilégier des femmes : Sainte Faustine a été choisie comme messagère (auprès des prêtres en particulier, comme Marie Madeleine l’a été auprès des Apôtres) pour rappeler la grandeur de la miséricorde de Dieu -elle a été la « secrétaire » de Jésus, « apôtre de sa miséricorde » et a eu à fonder ; Sainte Thérèse de Lisieux, patronne des missions et docteur de l’Eglise, a enseigné « la petite voie » ou l’enfance spirituelle ; on voit Sainte Thérèse d’Avila, docteur de l’Eglise, qui a réformé le Carmel et fondé plusieurs monastères etc… bref, de grandes missions pour de petites femmes, et des oeuvres très importantes dans la construction de l’Eglise. Mais toutes ces femmes, quelque soit la grandeur des travaux qu’elles ont accomplis, sont restées des femmes et n’ont jamais convoité la place des hommes. Et d’ailleurs, si elles étaient occupées à dire la messe, confesser, accompagner les couples etc… elles n’auraient pas été disponibles pour les oeuvres qu’elles ont accomplies. D’où l’importance que chacun garde sa place ; c’est fondamentale pour garder la complémentarité.

Dieu les fit homme et femme dès le commencement ; il n’a pas voulu que l’homme soit seul et lui a fait une aide qui lui soit assortie (Gn 2, 18).
C’est ainsi que depuis le début, Jésus et ses Apôtres étaient entourés de femmes qui « les assistaient de leurs biens » (Luc 8, 1-3).

Enfin, la Sainte Vierge Marie est celle qui a eu la première place, elle a été couronnée d’une très haute gloire (couronnée d’étoiles selon l’Apocalypse) et c’était une femme, humble servante du Seigneur ; elle n’était pas Apôtre mais elle a particulièrement participé au mystère de la Rédemption, tout particulièrement unie au Seigneur.

Nous avons chacun notre place ; chacun nous avons de la valeur aux yeux de Dieu. Que les femmes ne se sentent pas lésées de ne pas accéder au sacerdoce ministériel, ni les hommes plus honorés qu’elles pour cette raison -d’autant qu’en tant que baptisés, hommes comme femmes sont consacrés prêtres, prophètes et rois et que c’est par là qu’on accède au salut et non par le sacerdoce ministériel (cf article sur « sacerdoce baptismal et sacerdoce ministériel »).
Que chacun assume son rôle et l’assume bien, c’est déjà beaucoup. Déjà que ce n’est pas évident d’arriver à la perfection de sa condition, pas la peine de vouloir s’encombrer de la condition d’un autre. Il vaut mieux réussir à sa place, quelle qu’elle soit, que de demeurer dans la médiocrité en voulant prendre la place d’un autre.

Ce n’est pas en faisant à tout prix comme les hommes que les femmes se libéreront mais plutôt en acceptant ce qu’elles sont et en apprenant à reconnaître la valeur de leur condition. De toutes les façons, comme hommes et femmes sont constitués différemment au plan morphologique, la femme ne pourra jamais faire tout ce que fait l’homme ni l’homme tout ce que fait la femme. Ainsi, si elle reste dans ce désir de faire à tout prix tout comme les hommes, elle sera éternellement frustrée.
Convoiter la condition des hommes ne fait que frustrer davantage les femmes ; on est bien plus libre quand on croit fermement qu’on a de la valeur et qu’on a pas besoin de le prouver en faisant ce que tel ou telle autre fait. On est plus libre quand on accepte d’être ce qu’on est et que les autres soient ce qu’ils sont, sans jalousie ni mépris à l’égard de l’autre sexe ; alors, on vit bien sa condition et on s’y épanouit pleinement et librement, en paix et en harmonie avec le sexe opposé.

Ce qui oppresse la femme, ce n’est pas de ne pas faire ce que fait l’homme mais bien de croire qu’elle a besoin de ça pour avoir de la valeur ! La femme fait beaucoup de choses que ne fait pas l’homme ; qu’elle accepte de ne pas faire les mêmes choses que lui, et ils se complètent. Mais si chacun est tout aussi capable d’être l’autre, l’homme n’a plus besoin de la femme ni la femme de l’homme, il n’y a plus de complémentarité et à terme ça donnerait la fin du couple et la fin de la famille… et la fin de la vie en somme.

6 juin, 2010

Sacerdoce baptismal et sacerdoce ministériel

Classé dans : Annéee sacerdotale,Eglise — senalaetitia @ 16:44

Bonjour,

En ce mois de clôture de l’année sacerdotale, voici le résumé d’une conférence sur le sacerdoce que j’ai écouté dernièrement et dont je partage ici les notes prises. C’est un peu long -on a eu cette conférence sur trois jours (environ 1h30 à chaque fois), mais fort à propos. Je l’avais trouvée très intéressante -malgré le latin que je ne maîtrise pas du tout. Aussi, ne vous laissez pas décourager par l’apparence compliquée que peut induire le latin. Je crois que c’est bien à la portée de chacun pour peu qu’on soit intéressé par le sujet. Je précise que rien n’est de moi dans cet exposé. J’ai mis à la fin une bibliographie sommaire -parce que le frère qui donnait cette conférence avait aussi donné la bibliographie. (Je n’en ai rien lu mis à part le CEC mais il me semble qu’elle peut être utile à qui veut vérifier la source ou étudier le sujet plus en profondeur). Enfin, bonne lecture !

Introduction

  • Contexte : l’histoire de la doctrine

La réforme protestante au 16° siècle a nié l’existence du Sacrement de l’Ordre. La théologie catholique a alors été une théologie de controverse (l’équivalent de la dispute au 16° siècle), c’est-à-dire une théologie répondant point par point aux positions du protestantisme, qui ne reconnaît que le sacerdoce baptismal.
Il y a, dans cette théologie de controverse, le risque de se trouver dans l’excès inverse.
La théologie de controverse est à l’opposé de la théologie dogmatique qui, elle, reprend tout le dogme (comme la Somme de théologie de Saint Thomas).
Dans ce contexte on avait cessé de parler du sacerdoce baptismal, sans pour autant le nier. Ainsi, ceux qui ont plus de 45 ans n’ont pas été catéchisés sur le sacerdoce baptismal.
Vatican II a remis à l’honneur ce sacerdoce baptismal (qui n’est pas, somme toute, une découverte nouvelle !).

  • Texte 1 : Le texte de Lumen Gentium 10 :
    « Le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel ou hiérarchique, bien qu’ils diffèrent par l’essence et non seulement par le degré, sont cependant ordonnés l’un à l’autre : l’un et l’autre, en effet, chacun selon son mode propre, participent de l’unique sacerdoce du Christ. »
    Texte 2 : La source immédiate en Pie XII :
    « … il faut tenir fermement que ce « sacerdoce » commun à tous les fidèles, haut, profond et assurément mystérieux, ne diffère pas seulement par le degré mais aussi par essence du sacerdoce proprement et vraiment dit qui consiste dans le pouvoir d’accomplir le sacrifice du Christ Lui-même, parce qu’il représente la personne du Christ Grand Prêtre. » (Allocution Magnificate Dominum, 2 nov. 1954, ASS 46 (1954), p. 669)

La formule de Vatican II (LG 10) a été établie en 1954 à l’occasion de l’établissement de la mémoire de Marie Reine dans l’octave de l’Assomption.
On avait auparavant essayé la formule : « les laïques concélèbrent ». L’idée est bonne mais la formulation est erronée et prête à confusion. Nous verrons plus tard une formule plus exacte car cette maladresse de formulation est malheureuse.
La vie consacrée existe pour que nous puissions exercer plus et mieux le sacerdoce baptismal.

  • Ces deux auteurs ne retiennent qu’une différence d’essence. On verra s’il faut ou non ajouter la différence de degré.

Ce que l’on dira du sacerdoce sera également valable pour les qualités de prophète et de roi, le baptême rassemblant les trois.
Dans l’AT, on pouvait recevoir, pour la même personne, une ou deux des trois onctions. Moïse est le seul à avoir reçu les trois : il est prophète du Seigneur, prêtre (de la tribu de Lévi, peuple de prêtres) et roi en ce qu’il marchait à la tête du peuple de Dieu (il était devant et le peuple le suivait). Ensuite, le Christ a reçu ces trois onctions (Messie Roi d’Israël, prêtre lors de l’institution de l’Eucharistie puis lors de son sacrifice sur la croix, et prphète -inutile de trop préciser ici !). Baptisés dans le Christ, nous sommes comme Lui consacrés prêtres, prophètes et rois -cohéritiers avec Lui.

I- Une transmission complexe de la formule de Pie XII
La formule de la traduction de LG 10 n’est pas exactement celle de Pie XII.
Pie XII insiste surtout sur l’essence. Vatican II insiste sur ce que les deux sont authentiques bien qu’ils diffèrent d’essence et de degré.

A- Le sujet de la formule dans les actes magistériels majeurs

Textes 3 : Les actes magistériels majeurs
- Pie XII : non gradum tantum sed etiam essentia differe (trad. un peu plus haut)
- Vatican II : essentia et non gradum tantum differunt (trad. un peu plus haut)
- Christifideles laici n°22 : (là je vous passe le latin !) « Les ministères ordonnés, avant d’être, pour les personnes qui les reçoivent, un grâce, sont une grâce pour la vie et la mission de toute l’Eglise. Ils expriment et constituent une certaine participation au sacerdoce de Jésus-Christ, qui est autre et diverse, non seulement par le degré mais par l’essence, de cette participation qui est donnée par le baptême et la confirmation à tous les fidèles du Christ (LG 10). »
Catéchisme n° 1547 : « Le sacerdoce ministériel ou hiérarchique des évêques et des prêtres, et le sacerdoce commun de tous les fidèles, bien que « l’un et l’autre, chacun selon son mode propre, participent de l’unique sacerdoce du Christ » (LG 10), diffèrent cependant essentiellement tout en étant « ordonnés l’un à l’autre » (LG 10) ».
- Pastores dabo vobis n° 17 : « Le sacerdoce ministériel qui est conféré par le sacrement de l’Ordre et le sacerdoce commun ou « royal » des fidèles diffèrent entre eux, non seulement par le degré mais essentiellement (LG 10)
- Directoire Dives ecclesiae n° 6 : « (les deux sacerdoces participés de celui du Christ) diffèrent essentiellement entre eux (LG 10) ».

1. Le sacerdoce des fidèles
Il est le sujet de la formule de Pie XII.

2. Les deux sacerdoces
C’est le sujet de la formule de Vatican II.

Nota : La variation de sujet persiste aujourd’hui encore bien qu’on ne cite plus Pie XII.

3. Le sacerdoce ministériel
Il est sujet dans les exhortations sur le sacrement de l’Ordre. cf Pastores dobo vobis n°17.

Dans les trois autres textes il n’est pas important de savoir quel est le sujet puisque les deux sacerdoces y sont traités chaque fois.

=> L’étude du sujet de la formule n’est pas un élément de comparaison très important et utile.

B- La formule elle-même : variations
Dans le catéchisme, « gradu » n’apparaît pas.

En bref : Il est important de notre que la formule originelle de noter que la formule originelle n’est jamais reprise textuellement.

C- Observations
1. Observations mineures

Pie XII : non gradu tantum sed etiam essentia differe.
Vatican II : essentia et non gradu tantum differunt.
Christifideles laici
: alia atque diversa est, non gradu tantum sed essentia.
Catéchisme : differunt tanmen essentia.
Pastores dabo vobis
: inter sese non gradu tantum sed essentialiter diversum.
Dives Ecclesiae
: essentialiter differunt inter se. (le texte en français est un peu plus haut)

Le plus souvent on remarque la disparition de « sed etiam » (mais aussi). Parfois il reste « sed » et c’est « etiam » qui disparaît.
Le « essentia » précède parfois le « gradu« .

2. Observation majeure
Disparition de « gradu » en particulier dans Vatican II qui est le dernier document officiel ; il n’a retenu que la différence d’essence.

Note : La différence de degré s’établit entre des réalités comparables en terme de plus et de moins (ex : entre la poule et le poussin).
Un exemple pour notre sujet : il y a une triple différence de degré dans le sacrement de l’Ordre entre l’évêque (+++), le prêtre (++) et le diacre (+).
La différence d’essence exprime une diversité de nature, sans impliquer nécessairement de comparaison (ex : différence entre la poule et l’arbre).
On peut comparer les degrés même si les essences sont différentes. Par exemple, dans la comparaison entre la poule et l’homme, bien qu’ils soient différents par nature, on peut dire que l’homme peut atteindre une plus haute perfection que la poule.

II- Proposition d’interprétation
Quelques soient les interprétations, la formule n’est pas claire par elle-même. Elle ne peut être comprise que restituée dans son contexte (c’est-à-dire le cadre de son élaboration) car elle est le résultat d’une question posée.

A- La différence essentielle : dans l’Eucharistie
Ici, nous traiterons de la célébration eucharistique uniquement en tant que sacrifice (même si elle n’est pas QUE sacrifice).

1. Le sacrifice du Christ
Le prêtre accomplit sacramentellement le sacrifice du Christ en consacrant l’offrande pour qu’elle soit le Christ offert pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Seul le prêtre peut le faire dans son état de ministre configuré au Christ.

2. Le sacrifice spirituel du Chrétien
Les chrétiens s’unissent au sacrifice du Christ en offrant le sacrifice spirituel de leur vie.
=> Selon une formule de Saint Augustin : « Dans ce qu’elle offre, l’Eglise elle-même est offerte ».
Au Golgotha, le Christ s’offre sur la croix et la Vierge, figure de l’Eglise, s’offre au pied de la croix. Ainsi le sacrifice est complet : la tête, c’est-à-dire le Christ, s’offre et, uni à la tête, le corps, c’est-à-dire l’Eglise, s’offre aussi. Le tout forme un seul sacrifice, la tête et le corps ne faisant qu’un.
Le Christ s’est offert au Père pour que nous aussi nous puissions nous offrir au Père.
=> Il y a une différence essentielle entre les deux sacerdoces mais ils sont en lien l’un avec l’autre : le sacerdoce ministériel sert pour l’offrande du sacerdoce baptismal ; on nous présente le sacrifice du Christ pour qu’en lui puisse être offert le sacrifice spirituel de chaque baptisé (que personne ne peut offrir à notre place). Ainsi le sacerdoce ministériel est au service du sacerdoce baptismal (étymologiquement, ministre signifie serviteur) ; le prêtre ne pouvant offrir le sacrifice spirituel des fidèles à leur place, la complémentarité des sacerdoces est une nécessité absolue.
=> Dans l’Eucharistie, la différence entre les deux sacerdoces est principalement essentielle. Nous verrons qu’il existe aussi une différence de degré.

Le sacerdoce baptismal semble le plus proche de celui du Christ en ce que, comme le Christ, le fidèle s’offre lui-même ; il s’offre dans le sacrifice du Christ (par Lui, avec Lui et en Lui) pour le compléter afin que le sacrifice soit celui de la tête et du corps.
A l’autel, le prêtre offre non pas son propre sacrifice mais celui du Christ.

B- La différence de degré dans l’Eucharistie
1. Le concours dans l’offrande du sacrifice du Christ
Les fidèles concourent aussi à l’offrande du sacrifice du Christ en vertu de leur baptême.

Texte 4 : Les fidèles concourent à l’offrande du sacrifice du Christ
LG 10 : « Fideles, vero, vi regalis sui sacerdotii, in oblationem Eucharistiae concurrunt. »

=> Immédiatement après la consécration (qui est faite seulement par le prêtre en vertu de son sacerdoce ministériel), les prêtres et les fidèles offrent concurremment le sacrifice du Christ.

Relisons quelques prières eucharistiques :
n°1 : « nous aussi tes serviteurs (…) et ton peuple saint avec nous (…) te présentons à Toi, Dieu de gloire et de majesté, cette offrande pure et parfaite (…) pain de la vie et coupe du salut
n°2 : « car tu nous as choisis pour servir en ta présence » (« nous » = prêtres + fidèles = tout le peuple de Dieu)
n°3 : « nous te présentons cette offrande vivante et sainte pour te rendre grâce (…) regarde Seigneur le sacrifice de ton Eglise et daigne y reconnaître celui de ton Fils (…) que l’Esprit Saint fasse de nous une éternelle offrande à ta gloire »
n°4 : elle a été écrite, très johannique, dans les années 1960 « nous [peuple de Dieu] t’offrons son Corps et son Sang, le sacrifice qui est digne de Toi (..) pour qu’ils soient eux-mêmes dans le Christ une éternelle offrande à ta gloire » (cette offrande = sacrifice spirituel du chrétien)

Sur le fondement de notre baptême, nous offrons le Christ au Père, comme le fit Marie au Calvaire… (Marie, « la première en chemin« , n’était pas prêtre !)

Sainte Thérèse de Lisieux, docteur de l’Eglise, l’avait admirablement bien compris. On en retrouve l’expression dans sa prière « Offrande de moi-même comme victime d’holocauste à l’Amour miséricordieux du Bon Dieu » (publiée sur ce blog à l’occasion de la fête de Sainte Thérèse) dans le passage suivant : « Puisque Vous m’avez aimée jusqu’à me donner votre Fils unique pour être mon Sauveur et mon Epoux, les trésors infinis de ses mérites sont à moi, je vous les offre avec bonheur, Vous suppliant de ne me regarder qu’à travers la Face de Jésus et dans son Coeur brûlant d’Amour ».
C’est ainsi que dès que le sacrifice du Christ est rendu présent par la consécration, les fidèles s’en emparent pour l’offrir au Père.

--> Dans le rituel, on est ainsi en position à genoux quand on nous présente le sacrifice -car il convient de s’agenouiller devant Dieu- mais après la consécration on se met debout pour la prière eucharistique car on accomplit un acte sacerdotal en offrant le sacrifice du Christ avec le prêtre.
Pour cette même raison, dans les premiers temps,  on demandait aux catéchumènes de sortir pour la prière eucharistiques (puisque, non baptisés, ils ne peuvent offrir offrir le sacrifice).
Avant cela encore, immédiatement après la contre-réforme protestante, le prêtre restait à genoux même pendant la prière eucharistique parce que le prêtre offrait seul le sacrifice.

En bref, il y a concours entre les deux sacerdoces. Le terme exact est « concours » et non « concélabration » car dans la concélébration, tous les concélébrants posent le même acte. C’est le cas lorsque plusieurs prêtres concélèbrent : ils posent tous le même acte quand ils consacrent l’offrande… les fidèles, eux, ne consacrent pas l’offrande.
C’est un acte moral (intention, désir) et réel qui est posé dans l’exercice du sacerdoce baptismal.

2. In Persona Christi et in persona Ecclesiae
In Persona Christi : le prêtre parle au nom du Christ.
In persona Ecclesiae : le prêtre parle au nom de l’Eglise.
=> Le prêtre représente le Christ et l’Eglise.. C’est là une façon d’exprimer l’unité entre le tête et le corps, une expression de ce que l’Eglise est inséparable du Christ. Tout est exprimé par le prêtre seul afin que « in Persona Christi » et « in persona Ecclesiae » ne soient pas séparés, mais « in persona Ecclesia » inclut aussi les fidèles puisque l’Eglise se compose de toute le communauté des chrétiens.
De là, on comprend la justesse, au plan théologique, de l’introduction de repons dans la prière eucharistique (après la consécration) comme cela se fait dans la liturgie orthodoxe ou dans notre liturgie dans la prière eucharistique pour les enfants n°3…

3. L’Eglise ne peut offrir que si le Christ d’abord s’offre Lui-même
La primauté du Christ n’est mas une primauté seule mais une primauté « de locomotive », entraînant à sa suite son Eglise (comme une locomotive entraînant à sa suite tous ses wagons).
Ainsi la célébration avec les fidèles est plus complète que celle où le prêtre célèbre seul, car la première manifeste l’union du Christ avec l’Eglise.

C- Exposé théorique sur la différence d’esence et de degré
1. La différence d’essence
Le prêtre accomplit le sacrifice du Christ
Les fidèles (en assemblée locale) accomplissent le sacrifice d’eux-mêmes.
-> pour être un dans le sacrifice du Christ => ordination réciproque des deux sacerdoces.

=> Ce n’est pas le même sacrifice (=différence d’essence)

2. Différence de degré
Le sacrifice du Christ est :
-> accompli par les prêtre (in Persona Christi)
-> offert concurremment par les fidèles et exprimé par les prêtre (in nomine Ecclesiae) -c’est là la manifestation du mystère de l’Eglise universelle, qui est plus riche que celui de l’assemblée locale

3. Relation entre les deux différences
La différence de degré marque le concours par lequel le sacrifice parfait du Christ est présenté au Père.
La différence d’essence marque le concours par lequel le sacrifice du Christ est « complété » par celui des chrétiens (Colossiens 1, 24)

La différence de degré associe le Christ (prêtre in Persona Christi) et l’Eglise (prêtre in persone Ecclesiae) pour la glorification du Père et le salut du monde.
La différence d’essence associe le Christ (prêtre in Persona Christi) et l’assemblée locale (sacerdoce baptismal) pour la glorification du Père et le salut des participants et du monde.

4. Récapitulation
Dans la célébration eucharistique intervient d’abord la différence de degré : l’Eucharistie est le sacrifice du Christ qui s’offre et est offert par l’Eglise, Corps Mystique en acte.
=> Un seul sacrifice (celui du Christ) est offert par le Christ et l’Eglise ; la différence de degré manifeste l’union sans confusion Christ-Eglise.

=> Il y a différence de degré entre le caractère sacerdotal et le caractère baptismal : les deux confèrent la capacité d’offrir le sacrifice du Christ, mais le premier le réalise sacramentellement pour que le second s’unisse mystiquement à l’offrande (voir la Bienheureuse Vierge Marie au pied de la Croix).

La différence d’essence intervient ensuite : l’Eucharisitie est le sacrifice du Christ et le sacrifice conjoint des chrétiens (Eglise, Corps mystique en devenir).
=> Deux sacrifices : celui, parfait, du Christ cause et attire à lui le sacrifice des chrétiens : la différence d’essence manifeste l’union toujours à parfaire des chrétiens au Christ.

=> Il y a différence d’essence entre le caractère sacerdotal et le caractère baptismal : la capacité d’accomplir un sacrifice n’est pas la même ; le premier réalise celui du Christ et le second réalise celui du baptisé.

D- Les diverses formulations magistérielles de ce donné

Les textes majeurs expriment les deux différences, à l’exception du Catéchisme de l’Eglise Catholique (CEC).

1. Les textes qui ne mentionnent que la différence d’essence
Ce sont des textes qui situent le sacerdoce de façon très large.
CEC 1547 => le sacerdoce ministériel est au service du sacerdoce baptismal.
La sainteté se situe dans les actes du sacerdoce baptismal.
Quand on traite de la question sur un large plan, l’accent est mis sur l’essentiel, qui est la différence d’essence.
Les textes du CEC et du directoire Dives Ecclesiae, qui dont des textes majeurs, ne rappellent que la différence d’essence, pour bien clarifier les choses afin d’éviter qu’on ne confonde les deux sacerdoces. Ces textes ont un aspect disciplinaire -le CEC pour les fidèles et le directoire pour les prêtres. Le contexte étant large, on s’en tient à l’essentiel (c’est-à-dire la différence d’essence).

2. Les textes qui mentionnent les deux différences
Par contre, quand on traite de l’Eucharistie, on traite nécessairement des deux différences (essence et degré).
Il ne s’agit pas de « surexalter » le sacerdoce ministériel, comme pour la contre-réforme protestante, mais de lui redonner sa bonne place afin qu’il puisse pleinement servir sa vocation -au service du sacerdoce baptismal.
Le sacerdoce baptismal est le plus important car c’est celui qui conduit à la sainteté, celui que l’on reçoit directement de la filiation divine.
Ceci étant, les deux sacerdoces servent à la gloire de Dieu -la gloire des ministres étant de servir et celle de l’Eglise d’être servie…
=> Le sacerdoce ministériel est bien le serviteur du sacerdoce baptismal. Il avait été « surexalté » lors du Concile de Trente pour répondre à la réforme protestante. Cette formule permet de remettre les choses en ordre.

III- Les différences des deux sacerdoces dans une perspective plus large
Par le baptême, le fidèle est consacré prêtre, prophète et roi -il s’agit d’une seule grâce en trois aspects. Nous héritons de cette grâce avec le Christ en qui il y a plénitude de l’onction (puisqu’elle se manifeste en Lui dans ses trois aspects).

La différence de degré met l’accent sur l’union parfaite : offrande du sacrifice du Christ uni à l’Eglise universelle.
La différence d’essence met l’accent sur une union à parfaire sans cesse : offrande du sacrifice imparfait de l’assemblée locale ; le sacrifice du fidèle doit ressembler toujours plus au sacrifice du Christ -> c’est la dynamique de la vie chrétienne dont l’Eucharisite est l’objet (elle est la nourriture de cette croissance).

A- La participation au prophétisme du Christ
L’évêque (et les prêtres par extension) prêche in Persona Christi mais aussi in persona Ecclesiae puisque l’Eglise prêche la même chose que le Christ.
=> La prédication ministérielle réunit donc in Persona Christi et in persona Ecclesia, témoignant ainsi de l’union inséparable du Christ et de l’Eglise.

  • La différence de degré

Il y a différence de degré en ce que l’évêque prêche et les fidèles manifestent la vérité enseignée.
Dans l’Eucharistie, cela apparaît ainsi : l’évêqe dit en premier lieu le sermon et, en second lieu, l’assemblée dit le Credo. Il y a là concours des deux sacerdoces.

  • La différence d’essence

Les ministres prêchent en enseignant tant que les fidèles le font en rendant le témoignage d’une vie sainte.
La perfection du prophétisme baptismal est progressivement atteinte à force de réception du message évangélique.
Dans le prophétisme ministériel, l’évêque prêche directement la Parole du Christ qui est déjà pure, vraie et parfaite (à la différence du témoignage de vie des fidèles).

Il n’y a là aucune magie : l’évêque est infaillible tant qu’il reste dans la communion du Collège épiscopal (s’il prêche autrement, son prophétisme n’est plus parfait !).

Il y a deux types d’apostolats pour les fidèles : l’un reçu de la hiérarchie et l’autre du baptême, mais les deux vont de paire.

=> Ici encore, la différence de degré met l’accent sur l’union parfaite, l’évêque prêchant la parole du Christ et les fidèles disant le Credo -qui est le sommet du prophétisme baptismal.
La différence d’essence, elle, met l’accent sur l’union à parfaire sans cesse et dont la Parole de Dieu, reçue lors des célébrations eucharistiques, est l’objet -nourrissant cette croissance (=dynamique de la vie chrétienne).

B- La participation à la royauté du Christ
Il y a différence d’essence en ce que la régence du peuple de Dieu est confiée aux ministres ; alors que la régence du monde en vue de sa sanctification (en vue de l’ordonner à Dieu) est confiée aux baptisés -et seulement aux baptisés, car sauf autorisation spéciale du pape en cas d’extrême nécessité, un ministre de l’Eglise ne peut être ministre dans le monde. (exemple d’extrême nécessité : si le gouvernement civil a fui en cas de guerre civile, un évêque peut suppléer au manque et exercer par exemple la charge de premier ministre.
La différence d’essence réside en ce que l’un des sacerdoce sert l’Eglise et l’autre, le monde.

On observe la différence de degré en ce que, à la différence des ministres ordonnés qui ne peuvent être ministres dans le monde, les laïcs, qui exercent leur ministère dans le monde, peuvent également faire partie des conseils ministériels de l’Eglise. Ici encore, la différence de degré fait apparaître le concours des deux sacerdoces.

=> Ces distinctions sont au service des relations car sans elles, soit on confond, soit on sépare, et dans ces cas il n’y a plus de relation. Elles garantissent donc les relations entre les deux sacerdoces : l’un ne s’exerce pas sans l’autre ni l’autre sans l’un (question de communion).

La question des prêtres ouvriers :
Il s’agit d’une stratégie missionnaire en milieu déchristianisé. Cela dure seulement le temps de réimplanter l’Eglise et quand il y a à nouveau une assemblée de fidèles en place, il n’y a plus besoin de prêtres ouvriers ; ils peuvent donc rendre aux fidèles leur ministère (qu’ils n’avaient pris que pour suppléer au manque).

Dans le baptême, il y a deux dons : le caractère et la grâce.
Le caractère est une capacité d’agir : il rend apte à concourir à la célébration eucharistique et à offrir le sacrifice de soi-même. Il ne dépend pas de la sainteté personnelle. On peut offrir le sacrifice du Christ indépendamment de sa sainteté personnelle.
La grâce du baptême est celle de l’adoption filiale. Elle est de l’ordre de la sainteté personnelle : pendant l’Eucharisite, le baptisé s’offre lui-même dans la mesure où il est uni au Christ.

Dans le sacrement de l’Orde :
Le caractère donne la capacité aux ministres ordonnés (et seulement aux ministres ordonnés) de dire la messe. La grâce leur est donnée pour leur permettre d’accomplir droitement le ministère.
Le prêtre célèbre en vertu du caractère reçu du sacrement de l’Ordre, en vue de donner le Christ.
Mais il est aussi baptisé et en cela il offre aussi le sacrifice spirituel de lui-même, qui est l’offrande des actes de son ministère qu’il pose par amour. C’est par les actes de son ministère que le prêtre se sanctifie. C’est là le point essentiel d’une spiritualité sacerdotale. -> Le prêtre consacre toute sa vie à son ministère ; ainsi l’offrande de sa vie correspond à l’offrande de son ministère.

Les religieux sont des baptisés qui ont choisi de consacrer toute leur vie à la prise en main de leur baptême.

Et les dominicains ? Pourquoi certains sont-ils prêtres ?
Les frères constituent une communauté de type clérical qui a toujours inclus des frères coopérateurs (non ordonnés). C’est un ordre de prêcheurs (prêtres) : ils ont mission de prêcher la Parole pour conduire les hommes aux sacrements.
Dans ce cas -des prêtres religieux- le sacerdoce baptismal sert le sacerdoce ministériel : vivre au maximum les actes du ministère sacerdotal nécessite de bien vivre le baptême.

Et pour les prêtres diocésains ?
Dans leur cas, il est nécessaire de vivre pleinement la spiritualité sacerdotale.

Note : sacrifice = tout acte bon fait en vue de nous unir à Dieu (selon St Augustin dans « la Cité de Dieu » au Livre X, chap. 6)

Bibliographie sommaire :
Pie XII, enc. Mediator Dei, AAS 35 (1947), notamment pages 554-557
Pie XII, alloc. Magnificate Dominum, AAS 46 (1954), p. 669
Vatican II, Lumen gentium 10 ; commentaire par E.-J. De Smedt, « Le sacerdoce des fidèles », in L’Eglise de Catican II, coll. Unam Sanctam 51b, Paris, 1966, p. 413. Voir aussi G. Philips, L’Eglise et son mystère au deuxième Concile du Vatican, T.1, Paris, 1967, p. 152-152
Y. Congar, « Quelques problèmes touchant les ministères », NRTh 93 (1971), p. 790. Voir aussi « Structure du sacerdoce chrétien » in Sainte Eglise, coll. Unam Sanctam 41, Paris, 1963, p. 261-262
G. Emery, « Le sacerdoce spirituel des fidèles chez S. Thomas d’Aquin », in Actes du colloque Saint Thomas d’Aquin et le sacerdoce, RT 99 (1999), p. 211-243 (not. p. 240-242)
Jean-Paul II, Exhortation Chritifideles laici, AAS 81 (1989), p. 393-521 (en part. n°22)
Catéchisme de l’Eglise catholique n°1547. Exhortation Pastores dabo vobis, AAS 84 (1992), p. 657-804 (not. n° 17)
Congrégation pour le clergé, Directoire Dives Ecclesiae (31 mars 1994), Enchiridion Vaticanum, vol. 14, Bologne, 1997, p. 376 s. (not. n°6).
Congrégation pour le clergé et le Conseil pontifical pour les laïcs, Instruction Ecceliae de mysterio, 15 août 1997, AAS 89 (1997), pp. 852-877.
Benoît XVI, discours à l’assemblée plénière de la Congrégation pour le clergé, 16 mars 2009, Doc. cath. 2424 (2009), p. 484.
Dictionnaire de théologie catholique, vol. X, col. 1258.

30 mai, 2010

Pauvreté et Pastorale

Classé dans : Eglise — senalaetitia @ 20:45

Au sujet de la pauvreté, j’ai entendu que les prêtres n’y étaient pas tenus puisqu’ils n’en faisaient pas le voeu et que d’ailleurs, le luxe des nouvelles technologies est la seule consolation qu’il leur reste. Avant c’était la nourriture, mais maintenant, c’est devenu la technologie de pointe car ils ont renoncé à tant de choses…
J’ai eu très mal au coeur d’entendre une telle chose. C’est un religieux qui me parlait ainsi et je crois qu’il ne le disait pas à mal mais avec le souci de justifier le fait que l’évêque leur donne beaucoup. Il ne semblait pas trouver que c’est une bonne chose et ne connaissait pas les chiffres. Quand je lui ai dit, je crois qu’il a eu le souci d’essayer de trouver une bonne raison à tout cela. En effet, ce religieux et ses frères n’ont pas ce traitement là, puisqu’ils sont religieux -ils vivent des aumônes des fidèles, offrandes de messes etc… et les retraites des frères âgés sont mises en commun.
Bref, je croyais que la seule consolations des prêtres était de voir les âmes pour lesquelles ils se dépensent autant parvenir au salut et leur seul repos, le Seigneur Lui-même… Ce même Seigneur qui fut le seul repos du vieillard Syméon et de beaucoup d’autres saints. Ainsi, entendre une telle justification, toute pleine d’amour et de bonne volonté qu’elle se voulait, m’a fait un peu de peine -mais je vois que cela peut être source de grand bien, surtout en cette année sacerdotale.

Parce qu’on n’a pas fait voeu et que rien n’oblige, alors ça justifie qu’on ne donne rien au Seigneur !? On n’a donc à donner que sous la contrainte !?… C’est qu’alors on n’aime pas le Seigneur parce que l’amour ne fait pas ces raisonnements, l’amour donne sans compter, l’amour donne généreusement et sans contrainte !
Rappelons-nous que nous ne sommes plus des esclaves sous le régime de la Loi mais des hommes libres sous le régime de la grâce. Nous ne sommes obligés à rien mais ce que l’on fait « pour le Seigneur »(si l’on peut dire ainsi vue qu’on en retire plus de profit que Dieu !), on le fait par amour ; on garde les commandements et la parole du Seigneur par amour selon qu’il est écrit : « Si vous m’aimez vous garderez mes commandements » (Jean 14, 15) et encore « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole » (Jean 14, 23). Nous ne sommes donc pas obligés de garder la parole et les commandements du Seigneur mais nous le faisons parce que nous l’aimons. Et notre consolation n’est pas dans un salaire ni dans aucun bien périssable ; voici notre consolation : « et mon Père l’aimera et nous viendrons vers lui et nous nous ferons une demeure chez lui » (Jean 14, 23).

Tous nous sommes appelés à la sainteté et même pour ceux qui n’ont pas fait voeu de pauvreté, la pauvreté est une bonne chose, de même que la chasteté et l’obéissance. Tous les baptisés en font voeu à leur baptême ! Nous gardons tous -du moins nous essayons- l’obéissance au Magistère de l’Eglise ; chacun garde la chasteté selon son état (les couples mariés comme les célibataires, chacun selon son état) ; et la pauvreté (non au sens d’indigence mais de sobriété ou simplicité).
En effet, le Christ est le chemin qui mène à la vie. Alors, pour le suivre, nous avons à nous conformer à Lui. Et justement, Lui, vivait dans la pauvreté, la chasteté et l’obéissance. Or on dit que le prêtre est conformé au Christ en vue de son ministère. Ainsi, même s’il n’a pas professé officiellement les voeux de pauvreté et de chasteté, sa configuration au Christ en requiert la pratique !

Enfin, beaucoup de fidèles les prennent en exemple -ce qui est juste, il me semble, puisqu’ils sont configurés au Christ qui est notre modèle- et donc s’ils montrent un autre chemin que celui que le Christ a montré, ils courent le risque d’induire la confusion chez les fidèles, la division du coeur ou carrément l’égarement !

Et quand Saint Jacques écrit pour les riches, il n’écrit pas seulement pour les religieux : « Eh bien, maintenant, les riches ! Pleurez, hurlez sur les malheurs qui vont vous arriver. Votre richesse est pourrie, vos vêtements sont rongés par les vers. Votre or et votre argent sont rouillés, et leur rouille témoignera contre vous : elle dévorera vos chairs ; c’est un feu que vous avez thésaurisé dans les derniers jours ! Voyez : le salaire dont vous avez frustré les ouvriers qui ont fauché vos champs, crie, et les clameurs des moissonneurs sont parvenues aux oreilles du Seigneur des Armées. Vous avez vécu sur terre dans la mollesse et le luxe… » (Jacques 5, 1-5). C’est que, nous avons tous à mener une vie « religieuse » puisque nous avons résolu de vivre en enfants de Dieu, conduits par le Saint Esprit… et pour modèle, nous avons tous le Fils-Unique-Engendré. Ce n’est pas que pour les consacrés, mais boen pour tous les baptisés, chacun selon son état de vie.
Or, je parlais à ce religieux de ce qu’il n’était pas bon que le traitement mensuel d’un prêtre atteigne le SMIC alors qu’ils sont souvent logés au presbytère. Selon moi, en effet, une mère qui donnerait tant d’argent à son enfant alors qu’elle l’héberge gracieusement serait une mère inconsciente car elle ferait ainsi de son enfant un « pourri », un « gâté » comme on dit. Oui, elle le pousse ainsi à l’amour de la luxure et son âme en devient souillée, comme un fruit « pourri », « gâté ». Selon moi, en traitant ainsi les prêtres, l’Eglise ne leur fait aucun bien. Et de plus, il y a là quelque chose de scandaleux car parmi les fidèles à qui elle expose ces dépenses pour solliciter leur générosité, il y a un bon nombre de personnes dont les revenus sont équivalents voir inférieurs alors qu’elles ont parfois des enfants à charge et en tout cas des frais de logement !

Je n’écris pas cela pour dénigrer l’Eglise. Je l’écris parce que je crois que sur ce point spécialement, il y a besoin d’amélioration. Il y a, c’est vrai, des personnes qui critiquent à tort et à travers mais je crois que même s’ils ne sont pas nécessairement des gens assez éclairés pour se permettre de faire la morale aux autres, il faut leur reconnaître ce qu’ils disent de vrai. Et pour moi, ça me fait de la peine qu’un pauvre ait de quoi envier aux prêtres… c’est comme si l’Eglise exaspérait les indigents or il est écrit : « ne fais pas languir les yeux du miséreux. Ne fais pas souffrir celui qui a faim, n’exaspère pas l’indigent. (…) Si quelqu’un te maudit dans sa détresse, son Créateur exaucera son imprécation. » (Ecclésiastique 4, 1-6) Voilà pourquoi, selon moi, même s’ils ne sont pas assez éclairés pour faire la morale aux autres (parce qu’ils n’ont pas choisi le Christ, vivent dans l’impénitence ou quelque autre raison), je crois qu’il n’est pas bon que leur plainte monte aux oreilles du Seigneur sans que nous n’essayons de trouver remède à cette situation.

Je ne parle pas du fait que l’on critique la richesse du Vatican. Pour ça, c’est bien autre chose. Pour être crédible, c’est vrai qu’il y a aussi certaines convenances mais ce qui est sûr, c’est que les évêques qui sont tenus à ces convenances le sont rarement par leur volonté. J’en connais un qui m’a témoigné un jour de ce qu’il ne voulait pas être évêque avant qu’on le nomme. Ce qui lui plaisait justement, dans la vie de prêtre c’était un certain dépouillement, et en tant qu’évêque, à cause des convenances, il ne peut pas tant se le permettre. Mais or des moments où il est tenu par ces convenances, tout son plaisir est de retrouver ses habitudes de simplicité. Du Saint Père, on m’a dit la même chose : « parce qu’on voit un extérieur beau au Vatican on critique le Saint Père, mais si tu voyais sa chambre, il ne doit pas y avoir grand chose… » Ce n’est pas parce qu’ils sont bien habillés qu’ils ont l’amour de la richesse. Et d’ailleurs, ce n’est pas le propos de cet article. Ici, je parle plutôt de ceux qui ne sont pas obligés à ces convenances-là et qui ont un peu trop d’amour des biens matériels. Et je ne dis même pas que c’est de leur faute ; c’est que quand on a autour de 1000€ par mois et pas de loyer à payer, il est évident qu’on finit par s’acheter quelques choses futiles et vaines… et à force de s’attacher à ces « consolations » on finit par s’en trouver un peu moins attaché au Seigneur (puisque « nul ne peut servir deux maîtres à la fois », au risque de s’attacher à l’un et de mépriser l’autre et qu’on ne peut servir Dieu et l’argent -Mtt 6, 24) et la charge du troupeau devient un fardeau contrairement à ce que recommande Saint Pierre : « Paissez le troupeau de Dieu qui vous est confié, non par contrainte mais de bon gré ; non pour un gain sordide mais avec l’élan du coeur ; non pas en faisant les seigneurs à l’égard de ceux qui vous sont échus en partage, mais en devenant les modèles du troupeau. Et quand paraîtra le Chef des pasteurs, vous recevrez la couronne de gloire qui ne se flétrit pas. » (1 P 5, 2-4)
Voilà pourquoi, selon moi, il n’est pas bon que le don des fidèles soit le gain sordide pour lequel travaillent les pasteurs. Il me paraît absurde de dire que c’est leur seule consolation car ça signifie alors que c’est pour cette seule consolation qu’ils travaillent alors qu’il ne doit en être ainsi normalement : tous, nous travaillons pour la gloire de Dieu et le salut du monde, avec l’espérance de recevoir en récompense ce que le Seigneur promet. Bien sûr qu’on a besoin d’argent ! Mais ce n’est pas ce que nous cherchons en premier ; en premier, nous cherchons le Royaume et sa justice et nous savons que le Père sait de quoi nous avons besoin et que tout le reste nous sera donné de surcroît su nous nous attachons à rechercher le Royaume et sa justice (Mtt 6, 32-33)…

Effectivement, cet idéal de pauvreté peut sembler difficile à atteindre. En effet, vivre sobrement pour vivre sobrement, ça ne fait pas vraiment envie. Mais quand on considère que « Dieu seul suffit », on ne s’attache plus qu’à lui et on en arrive à mépriser tout le reste, comme Saint Paul qui « considère tout comme désavantageux à cause de la supériorité de la connaissance du Christ Jésus » (Ph 3, 8). Qu’il en soit ainsi aussi pour nos prêtres…

Seigneur, donnez-nous des prêtres
Seigneur, donnez-nous de saints prêtres
Seigneur, donnez-nous beaucoup de saints prêtres
Saint Jean-Marie Vianney, priez pour nous

Retour offensif de l’esprit impur _ Mtt 12, 43-45

Classé dans : Foi, témoignage, exhortations — senalaetitia @ 19:06

Lorsque l’esprit impur est sorti de l’homme, il erre par les lieux arides en quête de repos, et il n’en trouve pas. Alors il se dit : « Je vais retourner dans ma demeure, d’où je suis sorti ». Etant venu il la trouve libre, balayée, bien en ordre. Alors il s’en va prendre avec lui sept autres esprits plus mauvais que lui ; ils reviennent et y habitent. Et l’état final de cet homme devient pire que le premier.

D’où la nécessité de se convertir et de prendre Jésus pour Maître après avoir été purifié par sa Parole, après avoir obtenu une guérison, après un exorcisme, après avoir connu le chemin du salut… Alors, quand l’esprit impur revient, il trouve la demeure habitée par Dieu et ne peut y entrer -ni n’oserait tenter le coup !

28 mai, 2010

La diversité des ministères en vue du bien commun

Classé dans : Annéee sacerdotale,Eglise — senalaetitia @ 20:24

La diversité des ministères, c’est la même grâce de Dieu qui opère tout en tous en vue du bien commun. Dieu a disposé le corps pour qu’il ne soit pas divisé mais qu’au contraire les membres se témoignent une mutuelle sollicitude.

Les prêtres, à la suite des premiers apôtres, sont mandatés pour exercer le sacerdoce du Christ :
« Tout grand prêtre en effet, pris d’entre les hommes, est établi pour intervenir en faveur des hommes dans leurs relations avec Dieu, afin d’offrir dons et sacrifices pour les péchés. Il peut ressentir de la commisération pour les ignorants et les égarés, puisqu’il lui-même également enveloppé de faiblesse, et qu’à cause d’elle, il doit offrir pour lui-même des sacrifices pour le péché, comme il le fait pour le peuple. Nul ne s’arroge à soi-même cet honneur, on y est appelé par Dieu, absolument comme Aaron.
De même ce n’est pas le Christ qui s’est attribé à soi-même la gloire de devenir grand prêtre, mais il l’a reçue de celui qui lui a dit : tu es mon fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré ; comme il dit encore ailleurs : Tu es prêtre pour le monde éternel, selon l’ordre de Melchisédech.

Le ministère du prêtre est donc celui d’Aaron ou de Moïse… conforme à celui du Christ -d’où ce que l’on n’ordonne pas de femmes au ministère sacerdotal et que l’on choisit des ministres célibataires qui ne se marieront pas…

Cet Ordre établi est juste et bon car voulu par Notre-Seigneur pour la cohésion de son Eglise, pour que son corps mystique ne soit pas divisé mais parvienne à l’unité parfaite, comme son corps humain dont aucun os n’a été brisé ou encore son vêtement sacerdotal qui est resté d’une seule pièce comme il était.
L’ordre dans l’Eglise ne crée pas de division si l’on ne s’occupe pas des discours de séducteurs ; si l’on ne se bat pour tirer à soi, chacun de son côté, le vêtement sacerdotal cousu tout d’une pièce, il restera d’une pièce. C’est la vaine gloire qui pousse à essayer de l’arracher pour soi, or la vaine gloire est une iniquité. Si l’on considère que nous sommes tous appelés à être témoins du Christ pour la gloire de Dieu -et non pour la sienne propre- il n’y a pas lieu de se diviser, mais nous demeurons unis dans le Christ selon sa volonté (car il a prié le Père : « q’ils soient un comme toi et moi nous sommes un »), considérant que si un membre est à l’honneur c’est tout le corps qui se trouve honoré et toute la gloire revient au Chef de cette oeuvre… N’est-ce pas pour cela, la gloire de Dieu et le salut du monde, que le Saint Sacrifice est offert sur l’autel !?

Il existe des railleurs qui reprochent à l’Eglise d’avoir une organisation (comme si un corps pouvait tenir debout sans ordre) et qui trouvent injuste que tout le monde ne soit pas prêtre, ordonné au sacerdoce ministériel. Or tout le peuple chrétien est un peuple de prêtres puisque par le baptême chacun reçoit la plénitude de l’onction qui l’établit prêtre, prophète et roi. Mais tout le monde ne peut pas exercer la fonction de pasteur du peuple de Dieu, ne serait-ce que parce que si tout le monde était pasteur, il n’y aurait plus de brebis et don cplus besoin de pasteurs : le ministère n’aurait pas lieu d’exister ! Cela arrivera, certes, une fois le Royaume pleinement accompli, quand nous serons tous saints et que Dieu-parmi-nous (Emmanuel) aura sa demeure. Jusqu’à ce moment-là, tant que toutes les brebis ne sont pas rentrées au bercail (je ne parle pas des boucs ni des moutons mais seulement des brebis, celles qui reconnaissent la voix du Seigneur quand il les appelle par leur nom), les pasteurs choisis par le Christ ont à charge de les faire paître selon la parole dite à Pierre par le Seigneur : « Pais mes brebis ».
Ainsi, même si tout le monde n’est pas chargé de la pastorale, chacun est disciple et témoin du Christ selon la grâce reçue de l’Esprit Saint.

Nous sommes le corps du Christ et le Christ est la tête de ce corps. De même qu’un corps est composé de différents membres unis et interdépendants qui exercent différentes fonctions, de même, l’Eglise est composé de plusieurs membres unis et interdépendants qui exercent différentes fonctions. C’est l’interdépendance entre les membres du coprs qui fait que l’oeil ne peut pas renvoyer les pieds… Dans l’Eglise, de la même façon, chaque membre a sa place et son importance : « si le tout était un seul membre, où serait le corps ? » C’est le choix de Dieu qui place les pasteurs en premier : « ceux que Dieu a établi dans l’Eglise sont premièrement les apôtres, deuxièmement les prophètes, troisièmement les docteurs [...] Puis il y a les miracles, puis les dons de guérison, d’assistance, de gouvernement [...] Mais malgré la diversité des ministères, c’est la même grâce de Dieu qui opère tout en tous, en vue du bien commun. »  (voir 1 Co 12, 1-30)

Malgré cette hiérarchie, au final, personne n’est lésé et il n’y a pas de malheureux au paradis ! Sainte Thérèse de Lisieux s’était posé cette question et se disait qu’il devait y avoir des saints frustrés à la vue de la gloire plus élevée d’autres saints. Alors sa soeur lui a expliqué qu’il n’en était pas ainsi car Dieu comble chacun autant qu’il peut recevoir. Je vais reprendre la comparaison qu’elle a donné pour bien le montrer : si on prend deux verres, un petit et un grand et qu’on les remplis tous deux à ras, les deux sont plein et aucun ne peut recevoir plus de sorte que le petit n’est pas moins plein que le grand. De la même façon, les saints qui ont une gloire moins élevée ne sont pas malheureux puisqu’ils ne pourraient pas porter plus ; comme le petit verre est tout aussi plein que le grand, les petits saints sont tout aussi comblés que les grands.

Enfin, il en va de la grâce comme des autres biens sur ce point : il ne faut pas désirer injustement le bien du prochain selon qu’il est écrit « Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, tu ne désireras ni sa maison, ni son champ, ni son serviteur ou sa servante, ni son boeuf ou son âne : RIEN de ce qui est à ton prochain » (Deutéronome 5, 21)
Ainsi, si certains sont appelés au sacerdoce ministériel, nul n’a à leur envier ni leur appel, ni leur charge !

26 mai, 2010

Mystères glorieux

Classé dans : Méditations — senalaetitia @ 22:48

La Résurrection

FDM : la foi vive

Prions pour les prêtres afin qu’ils puissent annoncer joyeusement la Bonne Nouvelle sans aucune compromission craintive, car il n’est aucune confusion pour ceux qui mettent leur foi dans le Seigneur. Que leur foi soit toujours très ardente, dès lors que le Seigneur est ressuscité comme il l’avait dit, et qu’ils en éprouvent tant de joie qu’ils l’annoncent intégralement à tous -fidèles zélés, comme infidèles et incroyants. Que leur mission ne leur soit pas un fardeau pénible qu’ils portent en murmurant, mais un joug léger qu’ils portent avec amour et joie.

Isaïe 52, 7-8 : Qu’ils sont beaux sur la montagne, les pieds du messager qui annonce la paix, du messager de la bonne nouvelle qui annonce le salut, qui dit à Sion : « Ton Dieu règne. »
C’est la voix de tes guetteurs, ils élèvent la voix, ensemble ils poussent des cris de joie, car ils ont vu de leurs propres yeux le Seigneur qui revient à Sion.

Ainsi, leur joie témoignera de la vérité de la Parole qu’ils annoncent et donnera crédit à leur témoignage pour la foi.

L’Ascension

FDM : le désir du ciel

Ac 1, 9-11 : Sous leurs regards, il s’éleva, et une nuée le déroba à leurs yeux. Et comme ils étaient là, les yeux fixés au ciel pendant qu’il s’en allait, voici que deux hommes vêtus de blancs se trouvèrent à leurs côtés ; ils leur dirent : « Hommes de Galilée, pourquoi restez-vous ainsi à) regarder le ciel ? Ce Jésus qui, d’auprès de vous, a été enlevé au ciel viendra comme cela, de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. »

1 Jean 2, 28 : Oui, maintenant, demeurez en lui, petits enfants, pour que, s’il venait à paraître, nous ayons pleine assurance, et non point la honte de nous trouver loin de lui à son Avènement.

Ac 1, 12 ; 14 : Alors [...] ils s’en retournèrent à Jérusalem. [...] Tous d’un même coeur étaient assidus à la prière avec quelques femmes dont Maire mère de Jean et avec ses frères.

Comment désirer les biens d’en haut promis par Notre-Seigneur et nous préparer à les recevoir sinon en nous appliquant fidèlement à prier et à garder ses commandements afin de demeurer en Lui et Lui en nous…

Si le « désiré des collines éternelles » est monté au ciel, que nos désirs s’élèvent avec Lui car si nous gardons notre convoitise fixée sur les biens périssables, nous resterons à regarder tristement le ciel sans jamais pouvoir obtenir ses trésors.
C’est ainsi que le jeune homme riche s’éloigna fort triste, lui qui ne voulait pas abandonner les grands biens périssables qu’il possédait pour acquérir un trésor dans le ciel.
C’est ainsi que la convoitise de la chair nous prive de la béatitude du ciel : « il vous faut abandonner votre premier genre de vie et dépouiller le vieil homme, qui va se corrompant au fil de convoitises décevantes » (Ephésiens 4, 22). Si nous plaçons toute notre convoitise dans le Seigneur et ses promesses, elle se trouve alors dans des biens non périssables et nous ne risquons aucune déception : « sachez que ce n’est par rien de corruptible, argent ou or, que vous avez affranchis de la vaine conduite héritée de vos pères, mais par un sang précieux, comme d’un agneau sans reproche, discerné avant la fondation du monde et manifesté dans les derniers temps à cause de vous. Par lui, vous croyez en Dieu, qui l’a fait ressusciter des morts et lui a donné la gloire, si bien que votre foi soit en Dieu comme votre espérance. » (1 Pierre, 18-21)

La Pentecôte

FDM : les sept dons du Saint Esprit / une âme d’apôtre et le feu de la charité

Ou bien ne savez-vous pas que votre corps est un temple du Saint Esprit, qui est en vous et que vous tenez de Dieu ? (1 Co 6, 19)

J’ai encore beaucoup à vous dire mais vous ne pouvez pas le porter à présent.
Mais quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera dans la vérité tout entière [...] Lui me glorifiera. (Jean 16, 12-14)

Aussi, ne contristons pas le Saint Esprit qui est en nous en résistant à la grâce et refusant de fuir le péché. Au contraire, puisque l’Esprit en personne se joint à notre esprit pour attester que nous sommes enfants de Dieu (Rom 8, 16), conduisons nous en enfants obéissants, rejetant toute malice, fourberie, hypocrisie, jalousies et toute sorte de médisances, désirant le lait non frelaté de la Parole (1Pierre 2, 1-7), cette parole de Dieu qui est pure vérité. Ainsi, dociles aux inspirations du Saint Esprit, nous permettons qu’en nous il glorifie le Seigneur et alors nous sommes ses témoins où que l’on soit, selon ce qui est écrit en Ac 1, 8 : Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre.

1 Co 12, 4-11 : Il y a, certes, diversité des dons spirituels, mais c’est le même Esprit ; diversité des ministères, mais c’est le même Seigneur ; diversité d’opérations, mais c’est le même Dieu qui opère tout en tous. A chacun la manifestation de l’Esprit est donné en vue du bien commun. A l’un c’est un discours de sagesse qui est donné par l’Esprit ; à tel autre un discours de science, selon le même Esprit [...]. Mais tout cela c’est l’unique et même Esprit qui l’opère, distribuant ses dons à chacune en particulier comme il l’entend.

Puissions nous demeurer unis, par la force du Saint Esprit, dans les liens de la charité afin que la diversité des charismes vécue dans l’unité témoigne de l’unité et de l’universalité de l’Eglise, miroir du Dieu unique en trois Personne, et par là même de la puissance de l’Esprit qui unit le Père et le Fils et rassemble les chrétiens en un même corps, le Corps du Christ…

L’Assomption

Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous.
Mère de la divine grâce, priez pour nous.

Rien ne retenait la Sainte vierge sur terre puisqu’elle n’a pas connu le péché… Au contraire, comblée de grâces, l’amour, la vertu etc… tout l’attirait à Dieu.
Puisque Notre-Seigneur a daigné nous faire don d’une telle mère, prenons la pour modèle de vertu afin qu’à l’heure de la mort rien ne nous retienne davantage mais qu’au contraire la foi, l’espérance et la charité, dans lesquelles nous aurons persévéré à son exemple, brisent tous les liens permettant à nos âmes de s’élever sans retard vers la Patrie.

Qu’une telle mort laisse derrière elle des bouquets de vertu, comme celle de la Sainte Vierge a laissé des bouquets de fleurs dans son tombeau, qui seront pour nos frères un témoignage encourageant à persévérer dans la foi, l’espérance et la charité.

Le Couronnement de Marie au ciel

Marie, secours des chrétiens et Reine de tous les saints, priez pour nous.

Jacques 1, 12 : Heureux homme, celui qui supporte l’épreuve ! Sa valeur une foi reconnue, il recevra la couronne de vie que le Seigneur a promise à ceux qui l’aiment.

Seigneur, garde nous fidèles à l’enseignement de la Sainte Eglise, persévérant dans ton amour et tes justes sentiers au milieu des épreuves de cette vie, afin qu’ayant accompli parfaitement ta volonté soutenus par ta grâce, à l’exemple de Marie et à sa prière, nous puissions arriver au ciel au degré de gloire que tu nous a préparé. Amen.

21 mai, 2010

Face à la persécution

Classé dans : Foi, témoignage, exhortations — senalaetitia @ 19:13

Bonjour,

Voici une réflexion que je me suis faite en pensant aux chrétiens persécutés et en particulier à ceux qui le sont de façon violente et plus particulièrement aux chrétiens persécutés en Terre d’Islam.

Attention ! Je ne dis pas que tous les musulmans sont extrémistes, cet article ne vise pas à dénigrer la religion musulmane.

Pensant en particulier aux extrémistes islamistes, je me suis fait la réflexion qu’ils sont, au bout du compte, bien plus à plaindre que les chrétiens qu’ils persécutent. En effet, j’ai entendu dire que les musulmans étudient tous les grands livres saints : la Torah, la Bible et enfin le Coran. Or on ne peut pas terminer d’étudier la Bible sans avoir lu cette prophétie de Notre-Seigneur : « l’heure vient où quiconque vous tuera pensera rendre un culte à Dieu. Et cela ils le feront pour n’avoir reconnu ni le Père ni moi. » (Jean 16, 2-3).
C’est ainsi que je me suis fait la remarque que, si ces pratiquants extrémistes persécutent des Chrétiens après avoir connu ce qui avait été prophétisé à leur sujet, c’est qu’ils sont de ceux-là qui voient sans voir et entendent sans comprendre et j’ai pensé que ce doit être une grande misère !
Ensuite, une telle misère m’a parue inconcevable et j’ai pensé que ceux qui tombent dans l’extrémisme doivent nécessairement être de pauvres gens sans instructions qui ont suivi, tels des boucs, un mouvement dont ils ignorent les tenants et les aboutissants. Ceux-là me semblent moins à plaindre que les premiers parce que si c’est l’ignorance qui les poussent à agir ainsi, au moins, ça signifie qu’il leur est possible de comprendre si la vérité leur était manifestée. Et la conversion de Saint Paul, grand persécuteur des chrétiens pour l’amour de Dieu, converti par une grâce spéciale de Notre-Seigneur jusqu’au point où, de persécuteur meurtrier qu’il était, il est devenu un chrétien zélé, persécuté et mort en martyr… Sa conversion donc m’est vraiment une source d’espérance pour ces pauvres hommes qui persécutent des chrétiens en pensant ainsi servir Dieu. Quand je vois comme ce zélé persécuteur touché par la grâce est devenu un joyeux annonceur de l’Evangile rempli d’un saint zèle, je me dis que, la grâce de Dieu aidant, cela peut arriver encore aujourd’hui…
Mais pour revenir aux motifs que je vois de plaindre le second type de pratiquants extrémistes dont je parle, ne nous rappellent-ils pas les premiers Juifs, les petits du peuple qui criaient « à mort ! à mort ! crucifie-le ! » sans trop bien savoir de quoi il s’agissait et qui, ayant vu la façon dont Jésus a remis l’esprit, s’en sont retournés en se frappant la poitrine et se lamentant « celui-ci était vraiment le Fils de Dieu ! » ? C’est bien qu’ils ont agi ainsi à cause de l’ignorance, pour n’avoir reconnu ni le Père ni Jésus, et Jésus le confirme bien quand, à l’heure de la mort il pleure sur eux et crie « Père, pardonne leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ».

Face à la persécution, selon moi, nous devons pleurer non pas principalement sur nous-même mais pleurer surtout sur ces pauvres hommes qui ne savent pas ce qu’ils font. Pour ceux qui agissent ainsi bien qu’ils connaissent l’Ecriture, nous devons pleurer encore davantage. Et pour les uns comme les autres, il nous faut implorer le pardon de Dieu et le supplier de leur faire grâce afin qu’ils reviennent de leur mauvaise conduite, afin qu’ils accèdent eux aussi au salut, afin que leurs oreilles s’ouvrent à la vérité, afin que leurs yeux voient la lumière de Dieu… C’est ainsi que Jésus nous exhorte à bénir ceux qui nous maudissent, aimer ceux qui nous haïssent et prier pour ceux qui nous persécutent. Et c’est ce qu’il fait à l’heure de sa Passion… Quel Bon Maître ! après avoir livré toute sa vie pour nous donner l’enseignement théorique, il se livre lui-même à la pratique jusqu’à la mort sur la croix -comme pour nous prouver que son enseignement est vérité (à la différence des mauvais maîtres qui enseigne à faire ce qu’ils disent mais non ce qu’ils font, comme pour nous prouver qu’ils enseignent des choses mauvaises qu’eux-mêmes ne feraient pour rien au monde !)
C’est cet exemple que nous donne, en particulier Saint Etienne à la suite du Christ, lui qui, lors de sa lapidation, peu avant de mourir, supplia ainsi le Seigneur « Seigneur, ne leur impute pas ce péché » (Ac 7, 55-60) C’est là le témoignage authentique du Chrétien selon ce que dit le Seigneur, qu’ »il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » et que « à ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres ».
Jésus nous dit d’aimer le prochain, non plus simplement comme soi-même, mais à présent comme lui-même nous a aimés. Et comment il nous a aimés ? Qu’a son amour de plus que celui qui consiste à ne pas faire au prochain le mal qu’on n’aimerait pas souffrir soi-même ? Et bien, cet amour, il a de plus qu’il consiste non seulement en cela, mais encore en ce qu’il faut faire au prochain tout le bien qu’on aimerait recevoir et comme une couronne, cet amour porte en son sommet ceci, qu’il faut faire le bien à nos amis et bienfaiteurs COMME à nos ennemis et persécuteurs. Ô, il n’y a pas de plus grand amour que celui-là et c’est de celui-là dont le Seigneur nous a aimés avant même qu’on ne l’aime. C’est de cet amour qu’il veut qu’on aime le prochain avant même qu’il ne nous aime… un amour inconditionnel !

Et voici ce qu’en dit Saint Pierre (1 Pierre 3, 13-17) :
« Et qui vous ferait du mal, si vous devenez zélés pour le bien ? Heureux d’ailleurs quand vous souffririez pour la justice ! N’ayez d’eux aucune crainte et ne soyez pas troublés. Au contraire, sanctifiez vos coeurs dans le Seigneur Christ, toujours prêts à la défense contre quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous. Mais que ce soit avec douceur et respect, en possession d’une bonne conscience, afin que, sur le point même où l’on vous calomnie, soient confondus ceux qui décrient votre bonne conduite dans le Christ. Car mieux vaudrait souffrir en faisant le bien, si telle était la volonté de Dieu, qu’en faisant le mal. »
Et en effet, en demeurant fidèles aux commandements et à l’amour de Notre-Seigneur face à toute épreuve, nous lui rendons un culte agréable et capable de Le glorifier. Offrir un tel culte au milieu des lions est le meilleur témoignage qu’on puisse rendre à Notre-Seigneur. De plus, un tel témoignage est source de grâce pour nos persécuteurs, comme le culte rendu par Azarias, Ananias et Misaël dans la fournaise a permis au roi Nabuchodonosor de reconnaître le Dieu Très-Haut (Daniel 3, 24-30).
Oui, c’est ce qu’on appelle le martyr, un mot qui justement signifie témoignage… Dans la persécution, le témoignage le plus authentique et le plus fort que l’on puisse donner est le martyr… C’est la grâce qui soutient les martyrs, c’est l’Esprit Saint qui leur donne force et courage. En ce temps de préparation à la Pentecôte, que ceux qui souffrent la persécution se montrent fervents à demander le secours de l’Esprit afin qu’il leur donne la grâce de glorifier Dieu dans leur épreuve. Ainsi, nous espérons de Dieu que nous verrons à nouveau, comme dans les premiers temps de l’ère chrétienne, selon les récits des actes des Apôtres, un grand nombre d’âmes s’adjoindre à la communauté des croyants… demandons donc les dons du Saint Esprit avec ferveur afin qu’en nous, il témoigne du Seigneur pour la plus haute gloire de Dieu !

Bon et saint week-end de la Pentecôte…

Je crois en la résurrection de la chair, à la vie éternelle. Amen

Classé dans : Foi, témoignage, exhortations — senalaetitia @ 12:52

Le fait de la résurrection :

« Un grand nombre de ceux qui dorment au pays de la poussière s’éveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour l’opprobre, pour l’horreur éternelle. » (Daniel 12, 2)

« Quant au fait que les morts ressuscitent, n’avez-vous pas lu dans le livre de Moïse, au passage du Buisson, comment Dieu lui a dit : Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob ? Il n’est pas un Dieu de morts mais de vivants. » (Mc 12, 26-27)
Abraham, Isaac et Jacob ne sont plus de ce monde. Pourtant, on appelle notre Dieu « Dieu vivant » et en ce sens, il ne peut pas être un Dieu de morts ! Or on il se révèle le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. C’est que Abraham, Isaac et Jacob sont vivants ! Et comment sont-ils vivants puisqu’ils ont connu la première mort : c’est là le fait de la résurrection.
Saint Paul disait à ce sujet (dans Ac 22, 30…) : « C’est à cause de notre espérance en la résurrection des morts que je passe en jugement. » En effet, c’est que Paul devait répondre devant la justice « au sujet d’un certain Jésus qui est mort et que Paul déclarait toujours vivant » (cf Ac 25, 13-21 -lecture de ce jour)
La résurrection est à la base de la foi chrétienne, la source de l’espérance des chrétiens, et plus particulièrement la résurrection de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui nous ouvre les portes de la vie, qui manifeste de façon éclatante que c’est bien Lui le Messie attendu, le Fils de Dieu. En effet, c’est après sa résurrection que les disciples ont cru fermement et à partir de là que la Bonne Nouvelle a commencé à se répandre. Voir aussi le fruit du premier mystère glorieux -la Résurrection- : la foi vive. Quand le Christ est mort, les disciples se sont dispersés : qui suivraient un mort !? Mais à partir de la résurrection, ils se sont à nouveau réunis autour de Lui. C’est qu’en effet, « s’il n’y a pas de résurrection des morts, le Christ non plus n’est pas ressuscité. Mais si le Christ n’est pas ressuscité, vide alors est notre message, vide aussi notre foi. Il se trouve même que nous sommes de faux témoins de Dieu, puisque nous avons ateesté contre Dieu qu’il a ressuscité le Christ, s’il est vrai que les morts ne ressuscitent pas. Car si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n’est pas ressuscité. Et si le Christ n’est pas ressuscité, vaine est notre foi ; vous êtes encore dans vos péchés. Alors aussi ceux qui se sont endormis dans le Christ ont péri. Si nous qui sommes dans le Christ n’avons d’espoir que cette vie, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes.
Mais non ; le Christ est ressuscité d’entre les morts, prémices de ceux qui se sont endormis. Car, la mort étant venue par un homme, c’est par un homme aussi que vient la résurrection des morts. De même en effet que tous meurent en Adam, ainsi tous revivront dans le Christ.
 » (1 Co 15, 13-22)
Et si le Christ n’est pas ressuscité, tous les premiers apôtres ont perdu toute leur vie à prêcher l’erreur, leur joie était un mensonge, ils ont été persécutés pour rien et ils sont morts en martyr pour rien, pour le défense d’un mort ; et tous ceux qui sont morts après eux à cause de leur foi en Jésus-Christ étaient animés d’un zèle impur né d’une folie, on ne comprend même pas pourquoi ils ont été persécutés, l’histoire de l’humanité est donc erronée et même notre actualité est une erreur gigantesque puisque, aujourd’hui encore, des hommes préfèrent mourir que de renoncer à leur foi ; si cette foi est sans fondement, l’histoire du monde et notre actualité perdent aussi leur sens… ce serait un peu gros que depuis plus de deux milles ans personne ne se soit rendu compte qu’on vie dans un monde imaginaire ! Bref, nous croyons en la résurrection de la chair et nous espérons dans les promesses de vie éternelle faites par Notre-Seigneur. Amen !

Le mode de la résurrection :

« J’attends la résurrection des morts et la vie du monde à venir »
Si nous attendons la vie du monde à venir, c’est que cette vie du monde avenir n’est pas la vie du monde actuel. Sinon, nous ne l’attendrions pas puisque nous la vivrions déjà ! Ainsi, Jésus dénonce l’erreur des Sadducéens et leur ignorance des Ecritures ainsi que de la puissance de Dieu car ils lui demandaient comment on saura qui est la femme de qui à la résurrection (Marc 12, 18-27).
Or « lorsqu’on ressuscite d’entre les morts, on ne prend ni femme, ni mari, mais on est comme des anges dans les cieux. » (Marc 12, 25) Tel est le mode de la résurrection que nous espérons.

Dieu, le bonheur… extrait des confessions de Saint Augustin

Classé dans : Méditations — senalaetitia @ 9:39

Comment se fait-il donc que je cherche le bonheur ?… Est-ce mû par le souvenir, comme si je l’avais oublié, tout en sachant encore que je l’ai oublié ? Est-ce le désir de connaître un état inconnu, dont je n’aurais jamais eu le sentiment ou que j’aurais oublié tout à fait au point de n’avoir pas conscience de mon oubli ? Le bonheur, n’est-ce pas ce à quoi tous aspirent et que personne ne dédaigne ? Où donc l’ont-ils connu pour le vouloir ainsi ? Où l’ont-ils vu pour l’aimer ? Certainement il est en nous : comment ? Je ne sais. Il y a une façon d’être heureux qui consiste dans la possession effective du bonheur. Certains ne sont heureux qu’en espérance. C’est une façon de l’être inférieure à celle des hommes qui le sont effectivement, mais qui vaut mieux que la condition de ceux qui ne sont heureux ni en fait, ni en espérance. Cependant ceux-là, s’ils étaient tout à fait étrangers au bonheur, ne le voudraient pas ainsi, et il le veulent, c’est bien certain. Je ne sais comment ils le connaissent, ni quelle connaissance ils en ont. Ce qui me tourmente, c’est de savoir si cette connaissance est dans la mémoire… Car nous ne l’aimerions pas, si nous ne le connaissions pas. Que nous en entendions prononcer le nom et tous nous convenons que c’est la chose même que nous désirons ; ce n’est pas seulement le son du mot qui nous plaît…

Ce souvenir est-il comparable au souvenir qu’on garde de Carthage lorsqu’on l’a vue ? Non : le bonheur ne se perçoit pas avec les yeux, car ce n’est pas un corps.

Est-il comparable au souvenir des nombres ? Non, car celui qui connaît les nombres ne cherche plus à les acquérir, alors qu’au contraire c’est l’idée que nous avons du bonheur qui nous incline à l’aimer et à vouloir encore y atteindre pour être heureux…

Ce souvenir est-il comparable au souvenir de la joie ? Peut-être, car, même dans la tristesse, j’évoque ma joie, comme dans le malheur je me souviens du bonheur. Or cette joie, je ne l’ai jamais vue, ni entendue, ni flairée, ni goûtée, ni touchée, mais je l’ai éprouvée dans mon âme…

Voyez comme j’ai exploré le champ de ma mémoire à votre recherche, ô mon Dieu, et je ne vous ai pas trouvé en dehors d’elle…

Mais où demeurez-vous dans ma mémoire, Seigneur ? Où y demeurez-vous ? Quel logis vous y êtes-vous édifié ? Quel sanctuaire vous y êtes-vous bâti ? Vous avez fait à ma mémoire l’honneur de résider en elle ; mais dans quelle partie y résidez-vous ? C’est ce qui me préoccupe. Quand je vous ai cherché par le souvenir, j’ai dépassé cette partie de ma mémoire que possèdent aussi les animaux : je ne vous trouvais point parmi les images des objets matériels. J’en suis venu à cette partie à laquelle j’ai confié les états affectifs de mon âme, et je ne vous y ai pas trouvé non plus. J’ai franchi le seuil de la demeure que mon esprit lui-même a dans ma mémoire (car l’es-prit se souviens aussi de soi), mais vous n’étiez pas davantage là. C’est que vous n’êtes ni l’image d’un objet matériel, ni une affection d’être vivant, comme la joie, la tristesse, le désir, la crainte, le souvenir, l’oubli et tout ce qui est de même sorte, vous n’êtes pas non plus l’esprit lui-même, puisque vous êtes le Seigneur et le Dieu de l’esprit…

Mais où donc vous ai-je trouvé, pour vous connaître ? Vous n’étiez pas encore dans ma mémoire, avant que je vous connaisse. Où donc vous ai-je trouvé, pour vous connaître, sinon en vous, au-dessus de moi ? Là où il n’y a absolument pas d’espace…

Tard je vous ai aimée, Beauté si ancienne et si nouvelle, tard je vous ai aimée. C’est que vous étiez au-dedans de moi, et, moi, j’étais en dehors de moi ! Et c’est là que je vous cherchais…

Saint-Augustin, Les confessions, livre dixième, extraits des chapitres XX à XXVII, traduction Joseph Trabucco, Garnier-Flammarion, 1964.

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