6 juin, 2010

Sacerdoce baptismal et sacerdoce ministériel

Classé dans : Annéee sacerdotale,Eglise — senalaetitia @ 16:44

Bonjour,

En ce mois de clôture de l’année sacerdotale, voici le résumé d’une conférence sur le sacerdoce que j’ai écouté dernièrement et dont je partage ici les notes prises. C’est un peu long -on a eu cette conférence sur trois jours (environ 1h30 à chaque fois), mais fort à propos. Je l’avais trouvée très intéressante -malgré le latin que je ne maîtrise pas du tout. Aussi, ne vous laissez pas décourager par l’apparence compliquée que peut induire le latin. Je crois que c’est bien à la portée de chacun pour peu qu’on soit intéressé par le sujet. Je précise que rien n’est de moi dans cet exposé. J’ai mis à la fin une bibliographie sommaire -parce que le frère qui donnait cette conférence avait aussi donné la bibliographie. (Je n’en ai rien lu mis à part le CEC mais il me semble qu’elle peut être utile à qui veut vérifier la source ou étudier le sujet plus en profondeur). Enfin, bonne lecture !

Introduction

  • Contexte : l’histoire de la doctrine

La réforme protestante au 16° siècle a nié l’existence du Sacrement de l’Ordre. La théologie catholique a alors été une théologie de controverse (l’équivalent de la dispute au 16° siècle), c’est-à-dire une théologie répondant point par point aux positions du protestantisme, qui ne reconnaît que le sacerdoce baptismal.
Il y a, dans cette théologie de controverse, le risque de se trouver dans l’excès inverse.
La théologie de controverse est à l’opposé de la théologie dogmatique qui, elle, reprend tout le dogme (comme la Somme de théologie de Saint Thomas).
Dans ce contexte on avait cessé de parler du sacerdoce baptismal, sans pour autant le nier. Ainsi, ceux qui ont plus de 45 ans n’ont pas été catéchisés sur le sacerdoce baptismal.
Vatican II a remis à l’honneur ce sacerdoce baptismal (qui n’est pas, somme toute, une découverte nouvelle !).

  • Texte 1 : Le texte de Lumen Gentium 10 :
    « Le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel ou hiérarchique, bien qu’ils diffèrent par l’essence et non seulement par le degré, sont cependant ordonnés l’un à l’autre : l’un et l’autre, en effet, chacun selon son mode propre, participent de l’unique sacerdoce du Christ. »
    Texte 2 : La source immédiate en Pie XII :
    « … il faut tenir fermement que ce « sacerdoce » commun à tous les fidèles, haut, profond et assurément mystérieux, ne diffère pas seulement par le degré mais aussi par essence du sacerdoce proprement et vraiment dit qui consiste dans le pouvoir d’accomplir le sacrifice du Christ Lui-même, parce qu’il représente la personne du Christ Grand Prêtre. » (Allocution Magnificate Dominum, 2 nov. 1954, ASS 46 (1954), p. 669)

La formule de Vatican II (LG 10) a été établie en 1954 à l’occasion de l’établissement de la mémoire de Marie Reine dans l’octave de l’Assomption.
On avait auparavant essayé la formule : « les laïques concélèbrent ». L’idée est bonne mais la formulation est erronée et prête à confusion. Nous verrons plus tard une formule plus exacte car cette maladresse de formulation est malheureuse.
La vie consacrée existe pour que nous puissions exercer plus et mieux le sacerdoce baptismal.

  • Ces deux auteurs ne retiennent qu’une différence d’essence. On verra s’il faut ou non ajouter la différence de degré.

Ce que l’on dira du sacerdoce sera également valable pour les qualités de prophète et de roi, le baptême rassemblant les trois.
Dans l’AT, on pouvait recevoir, pour la même personne, une ou deux des trois onctions. Moïse est le seul à avoir reçu les trois : il est prophète du Seigneur, prêtre (de la tribu de Lévi, peuple de prêtres) et roi en ce qu’il marchait à la tête du peuple de Dieu (il était devant et le peuple le suivait). Ensuite, le Christ a reçu ces trois onctions (Messie Roi d’Israël, prêtre lors de l’institution de l’Eucharistie puis lors de son sacrifice sur la croix, et prphète -inutile de trop préciser ici !). Baptisés dans le Christ, nous sommes comme Lui consacrés prêtres, prophètes et rois -cohéritiers avec Lui.

I- Une transmission complexe de la formule de Pie XII
La formule de la traduction de LG 10 n’est pas exactement celle de Pie XII.
Pie XII insiste surtout sur l’essence. Vatican II insiste sur ce que les deux sont authentiques bien qu’ils diffèrent d’essence et de degré.

A- Le sujet de la formule dans les actes magistériels majeurs

Textes 3 : Les actes magistériels majeurs
- Pie XII : non gradum tantum sed etiam essentia differe (trad. un peu plus haut)
- Vatican II : essentia et non gradum tantum differunt (trad. un peu plus haut)
- Christifideles laici n°22 : (là je vous passe le latin !) « Les ministères ordonnés, avant d’être, pour les personnes qui les reçoivent, un grâce, sont une grâce pour la vie et la mission de toute l’Eglise. Ils expriment et constituent une certaine participation au sacerdoce de Jésus-Christ, qui est autre et diverse, non seulement par le degré mais par l’essence, de cette participation qui est donnée par le baptême et la confirmation à tous les fidèles du Christ (LG 10). »
Catéchisme n° 1547 : « Le sacerdoce ministériel ou hiérarchique des évêques et des prêtres, et le sacerdoce commun de tous les fidèles, bien que « l’un et l’autre, chacun selon son mode propre, participent de l’unique sacerdoce du Christ » (LG 10), diffèrent cependant essentiellement tout en étant « ordonnés l’un à l’autre » (LG 10) ».
- Pastores dabo vobis n° 17 : « Le sacerdoce ministériel qui est conféré par le sacrement de l’Ordre et le sacerdoce commun ou « royal » des fidèles diffèrent entre eux, non seulement par le degré mais essentiellement (LG 10)
- Directoire Dives ecclesiae n° 6 : « (les deux sacerdoces participés de celui du Christ) diffèrent essentiellement entre eux (LG 10) ».

1. Le sacerdoce des fidèles
Il est le sujet de la formule de Pie XII.

2. Les deux sacerdoces
C’est le sujet de la formule de Vatican II.

Nota : La variation de sujet persiste aujourd’hui encore bien qu’on ne cite plus Pie XII.

3. Le sacerdoce ministériel
Il est sujet dans les exhortations sur le sacrement de l’Ordre. cf Pastores dobo vobis n°17.

Dans les trois autres textes il n’est pas important de savoir quel est le sujet puisque les deux sacerdoces y sont traités chaque fois.

=> L’étude du sujet de la formule n’est pas un élément de comparaison très important et utile.

B- La formule elle-même : variations
Dans le catéchisme, « gradu » n’apparaît pas.

En bref : Il est important de notre que la formule originelle de noter que la formule originelle n’est jamais reprise textuellement.

C- Observations
1. Observations mineures

Pie XII : non gradu tantum sed etiam essentia differe.
Vatican II : essentia et non gradu tantum differunt.
Christifideles laici
: alia atque diversa est, non gradu tantum sed essentia.
Catéchisme : differunt tanmen essentia.
Pastores dabo vobis
: inter sese non gradu tantum sed essentialiter diversum.
Dives Ecclesiae
: essentialiter differunt inter se. (le texte en français est un peu plus haut)

Le plus souvent on remarque la disparition de « sed etiam » (mais aussi). Parfois il reste « sed » et c’est « etiam » qui disparaît.
Le « essentia » précède parfois le « gradu« .

2. Observation majeure
Disparition de « gradu » en particulier dans Vatican II qui est le dernier document officiel ; il n’a retenu que la différence d’essence.

Note : La différence de degré s’établit entre des réalités comparables en terme de plus et de moins (ex : entre la poule et le poussin).
Un exemple pour notre sujet : il y a une triple différence de degré dans le sacrement de l’Ordre entre l’évêque (+++), le prêtre (++) et le diacre (+).
La différence d’essence exprime une diversité de nature, sans impliquer nécessairement de comparaison (ex : différence entre la poule et l’arbre).
On peut comparer les degrés même si les essences sont différentes. Par exemple, dans la comparaison entre la poule et l’homme, bien qu’ils soient différents par nature, on peut dire que l’homme peut atteindre une plus haute perfection que la poule.

II- Proposition d’interprétation
Quelques soient les interprétations, la formule n’est pas claire par elle-même. Elle ne peut être comprise que restituée dans son contexte (c’est-à-dire le cadre de son élaboration) car elle est le résultat d’une question posée.

A- La différence essentielle : dans l’Eucharistie
Ici, nous traiterons de la célébration eucharistique uniquement en tant que sacrifice (même si elle n’est pas QUE sacrifice).

1. Le sacrifice du Christ
Le prêtre accomplit sacramentellement le sacrifice du Christ en consacrant l’offrande pour qu’elle soit le Christ offert pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Seul le prêtre peut le faire dans son état de ministre configuré au Christ.

2. Le sacrifice spirituel du Chrétien
Les chrétiens s’unissent au sacrifice du Christ en offrant le sacrifice spirituel de leur vie.
=> Selon une formule de Saint Augustin : « Dans ce qu’elle offre, l’Eglise elle-même est offerte ».
Au Golgotha, le Christ s’offre sur la croix et la Vierge, figure de l’Eglise, s’offre au pied de la croix. Ainsi le sacrifice est complet : la tête, c’est-à-dire le Christ, s’offre et, uni à la tête, le corps, c’est-à-dire l’Eglise, s’offre aussi. Le tout forme un seul sacrifice, la tête et le corps ne faisant qu’un.
Le Christ s’est offert au Père pour que nous aussi nous puissions nous offrir au Père.
=> Il y a une différence essentielle entre les deux sacerdoces mais ils sont en lien l’un avec l’autre : le sacerdoce ministériel sert pour l’offrande du sacerdoce baptismal ; on nous présente le sacrifice du Christ pour qu’en lui puisse être offert le sacrifice spirituel de chaque baptisé (que personne ne peut offrir à notre place). Ainsi le sacerdoce ministériel est au service du sacerdoce baptismal (étymologiquement, ministre signifie serviteur) ; le prêtre ne pouvant offrir le sacrifice spirituel des fidèles à leur place, la complémentarité des sacerdoces est une nécessité absolue.
=> Dans l’Eucharistie, la différence entre les deux sacerdoces est principalement essentielle. Nous verrons qu’il existe aussi une différence de degré.

Le sacerdoce baptismal semble le plus proche de celui du Christ en ce que, comme le Christ, le fidèle s’offre lui-même ; il s’offre dans le sacrifice du Christ (par Lui, avec Lui et en Lui) pour le compléter afin que le sacrifice soit celui de la tête et du corps.
A l’autel, le prêtre offre non pas son propre sacrifice mais celui du Christ.

B- La différence de degré dans l’Eucharistie
1. Le concours dans l’offrande du sacrifice du Christ
Les fidèles concourent aussi à l’offrande du sacrifice du Christ en vertu de leur baptême.

Texte 4 : Les fidèles concourent à l’offrande du sacrifice du Christ
LG 10 : « Fideles, vero, vi regalis sui sacerdotii, in oblationem Eucharistiae concurrunt. »

=> Immédiatement après la consécration (qui est faite seulement par le prêtre en vertu de son sacerdoce ministériel), les prêtres et les fidèles offrent concurremment le sacrifice du Christ.

Relisons quelques prières eucharistiques :
n°1 : « nous aussi tes serviteurs (…) et ton peuple saint avec nous (…) te présentons à Toi, Dieu de gloire et de majesté, cette offrande pure et parfaite (…) pain de la vie et coupe du salut
n°2 : « car tu nous as choisis pour servir en ta présence » (« nous » = prêtres + fidèles = tout le peuple de Dieu)
n°3 : « nous te présentons cette offrande vivante et sainte pour te rendre grâce (…) regarde Seigneur le sacrifice de ton Eglise et daigne y reconnaître celui de ton Fils (…) que l’Esprit Saint fasse de nous une éternelle offrande à ta gloire »
n°4 : elle a été écrite, très johannique, dans les années 1960 « nous [peuple de Dieu] t’offrons son Corps et son Sang, le sacrifice qui est digne de Toi (..) pour qu’ils soient eux-mêmes dans le Christ une éternelle offrande à ta gloire » (cette offrande = sacrifice spirituel du chrétien)

Sur le fondement de notre baptême, nous offrons le Christ au Père, comme le fit Marie au Calvaire… (Marie, « la première en chemin« , n’était pas prêtre !)

Sainte Thérèse de Lisieux, docteur de l’Eglise, l’avait admirablement bien compris. On en retrouve l’expression dans sa prière « Offrande de moi-même comme victime d’holocauste à l’Amour miséricordieux du Bon Dieu » (publiée sur ce blog à l’occasion de la fête de Sainte Thérèse) dans le passage suivant : « Puisque Vous m’avez aimée jusqu’à me donner votre Fils unique pour être mon Sauveur et mon Epoux, les trésors infinis de ses mérites sont à moi, je vous les offre avec bonheur, Vous suppliant de ne me regarder qu’à travers la Face de Jésus et dans son Coeur brûlant d’Amour ».
C’est ainsi que dès que le sacrifice du Christ est rendu présent par la consécration, les fidèles s’en emparent pour l’offrir au Père.

--> Dans le rituel, on est ainsi en position à genoux quand on nous présente le sacrifice -car il convient de s’agenouiller devant Dieu- mais après la consécration on se met debout pour la prière eucharistique car on accomplit un acte sacerdotal en offrant le sacrifice du Christ avec le prêtre.
Pour cette même raison, dans les premiers temps,  on demandait aux catéchumènes de sortir pour la prière eucharistiques (puisque, non baptisés, ils ne peuvent offrir offrir le sacrifice).
Avant cela encore, immédiatement après la contre-réforme protestante, le prêtre restait à genoux même pendant la prière eucharistique parce que le prêtre offrait seul le sacrifice.

En bref, il y a concours entre les deux sacerdoces. Le terme exact est « concours » et non « concélabration » car dans la concélébration, tous les concélébrants posent le même acte. C’est le cas lorsque plusieurs prêtres concélèbrent : ils posent tous le même acte quand ils consacrent l’offrande… les fidèles, eux, ne consacrent pas l’offrande.
C’est un acte moral (intention, désir) et réel qui est posé dans l’exercice du sacerdoce baptismal.

2. In Persona Christi et in persona Ecclesiae
In Persona Christi : le prêtre parle au nom du Christ.
In persona Ecclesiae : le prêtre parle au nom de l’Eglise.
=> Le prêtre représente le Christ et l’Eglise.. C’est là une façon d’exprimer l’unité entre le tête et le corps, une expression de ce que l’Eglise est inséparable du Christ. Tout est exprimé par le prêtre seul afin que « in Persona Christi » et « in persona Ecclesiae » ne soient pas séparés, mais « in persona Ecclesia » inclut aussi les fidèles puisque l’Eglise se compose de toute le communauté des chrétiens.
De là, on comprend la justesse, au plan théologique, de l’introduction de repons dans la prière eucharistique (après la consécration) comme cela se fait dans la liturgie orthodoxe ou dans notre liturgie dans la prière eucharistique pour les enfants n°3…

3. L’Eglise ne peut offrir que si le Christ d’abord s’offre Lui-même
La primauté du Christ n’est mas une primauté seule mais une primauté « de locomotive », entraînant à sa suite son Eglise (comme une locomotive entraînant à sa suite tous ses wagons).
Ainsi la célébration avec les fidèles est plus complète que celle où le prêtre célèbre seul, car la première manifeste l’union du Christ avec l’Eglise.

C- Exposé théorique sur la différence d’esence et de degré
1. La différence d’essence
Le prêtre accomplit le sacrifice du Christ
Les fidèles (en assemblée locale) accomplissent le sacrifice d’eux-mêmes.
-> pour être un dans le sacrifice du Christ => ordination réciproque des deux sacerdoces.

=> Ce n’est pas le même sacrifice (=différence d’essence)

2. Différence de degré
Le sacrifice du Christ est :
-> accompli par les prêtre (in Persona Christi)
-> offert concurremment par les fidèles et exprimé par les prêtre (in nomine Ecclesiae) -c’est là la manifestation du mystère de l’Eglise universelle, qui est plus riche que celui de l’assemblée locale

3. Relation entre les deux différences
La différence de degré marque le concours par lequel le sacrifice parfait du Christ est présenté au Père.
La différence d’essence marque le concours par lequel le sacrifice du Christ est « complété » par celui des chrétiens (Colossiens 1, 24)

La différence de degré associe le Christ (prêtre in Persona Christi) et l’Eglise (prêtre in persone Ecclesiae) pour la glorification du Père et le salut du monde.
La différence d’essence associe le Christ (prêtre in Persona Christi) et l’assemblée locale (sacerdoce baptismal) pour la glorification du Père et le salut des participants et du monde.

4. Récapitulation
Dans la célébration eucharistique intervient d’abord la différence de degré : l’Eucharistie est le sacrifice du Christ qui s’offre et est offert par l’Eglise, Corps Mystique en acte.
=> Un seul sacrifice (celui du Christ) est offert par le Christ et l’Eglise ; la différence de degré manifeste l’union sans confusion Christ-Eglise.

=> Il y a différence de degré entre le caractère sacerdotal et le caractère baptismal : les deux confèrent la capacité d’offrir le sacrifice du Christ, mais le premier le réalise sacramentellement pour que le second s’unisse mystiquement à l’offrande (voir la Bienheureuse Vierge Marie au pied de la Croix).

La différence d’essence intervient ensuite : l’Eucharisitie est le sacrifice du Christ et le sacrifice conjoint des chrétiens (Eglise, Corps mystique en devenir).
=> Deux sacrifices : celui, parfait, du Christ cause et attire à lui le sacrifice des chrétiens : la différence d’essence manifeste l’union toujours à parfaire des chrétiens au Christ.

=> Il y a différence d’essence entre le caractère sacerdotal et le caractère baptismal : la capacité d’accomplir un sacrifice n’est pas la même ; le premier réalise celui du Christ et le second réalise celui du baptisé.

D- Les diverses formulations magistérielles de ce donné

Les textes majeurs expriment les deux différences, à l’exception du Catéchisme de l’Eglise Catholique (CEC).

1. Les textes qui ne mentionnent que la différence d’essence
Ce sont des textes qui situent le sacerdoce de façon très large.
CEC 1547 => le sacerdoce ministériel est au service du sacerdoce baptismal.
La sainteté se situe dans les actes du sacerdoce baptismal.
Quand on traite de la question sur un large plan, l’accent est mis sur l’essentiel, qui est la différence d’essence.
Les textes du CEC et du directoire Dives Ecclesiae, qui dont des textes majeurs, ne rappellent que la différence d’essence, pour bien clarifier les choses afin d’éviter qu’on ne confonde les deux sacerdoces. Ces textes ont un aspect disciplinaire -le CEC pour les fidèles et le directoire pour les prêtres. Le contexte étant large, on s’en tient à l’essentiel (c’est-à-dire la différence d’essence).

2. Les textes qui mentionnent les deux différences
Par contre, quand on traite de l’Eucharistie, on traite nécessairement des deux différences (essence et degré).
Il ne s’agit pas de « surexalter » le sacerdoce ministériel, comme pour la contre-réforme protestante, mais de lui redonner sa bonne place afin qu’il puisse pleinement servir sa vocation -au service du sacerdoce baptismal.
Le sacerdoce baptismal est le plus important car c’est celui qui conduit à la sainteté, celui que l’on reçoit directement de la filiation divine.
Ceci étant, les deux sacerdoces servent à la gloire de Dieu -la gloire des ministres étant de servir et celle de l’Eglise d’être servie…
=> Le sacerdoce ministériel est bien le serviteur du sacerdoce baptismal. Il avait été « surexalté » lors du Concile de Trente pour répondre à la réforme protestante. Cette formule permet de remettre les choses en ordre.

III- Les différences des deux sacerdoces dans une perspective plus large
Par le baptême, le fidèle est consacré prêtre, prophète et roi -il s’agit d’une seule grâce en trois aspects. Nous héritons de cette grâce avec le Christ en qui il y a plénitude de l’onction (puisqu’elle se manifeste en Lui dans ses trois aspects).

La différence de degré met l’accent sur l’union parfaite : offrande du sacrifice du Christ uni à l’Eglise universelle.
La différence d’essence met l’accent sur une union à parfaire sans cesse : offrande du sacrifice imparfait de l’assemblée locale ; le sacrifice du fidèle doit ressembler toujours plus au sacrifice du Christ -> c’est la dynamique de la vie chrétienne dont l’Eucharisite est l’objet (elle est la nourriture de cette croissance).

A- La participation au prophétisme du Christ
L’évêque (et les prêtres par extension) prêche in Persona Christi mais aussi in persona Ecclesiae puisque l’Eglise prêche la même chose que le Christ.
=> La prédication ministérielle réunit donc in Persona Christi et in persona Ecclesia, témoignant ainsi de l’union inséparable du Christ et de l’Eglise.

  • La différence de degré

Il y a différence de degré en ce que l’évêque prêche et les fidèles manifestent la vérité enseignée.
Dans l’Eucharistie, cela apparaît ainsi : l’évêqe dit en premier lieu le sermon et, en second lieu, l’assemblée dit le Credo. Il y a là concours des deux sacerdoces.

  • La différence d’essence

Les ministres prêchent en enseignant tant que les fidèles le font en rendant le témoignage d’une vie sainte.
La perfection du prophétisme baptismal est progressivement atteinte à force de réception du message évangélique.
Dans le prophétisme ministériel, l’évêque prêche directement la Parole du Christ qui est déjà pure, vraie et parfaite (à la différence du témoignage de vie des fidèles).

Il n’y a là aucune magie : l’évêque est infaillible tant qu’il reste dans la communion du Collège épiscopal (s’il prêche autrement, son prophétisme n’est plus parfait !).

Il y a deux types d’apostolats pour les fidèles : l’un reçu de la hiérarchie et l’autre du baptême, mais les deux vont de paire.

=> Ici encore, la différence de degré met l’accent sur l’union parfaite, l’évêque prêchant la parole du Christ et les fidèles disant le Credo -qui est le sommet du prophétisme baptismal.
La différence d’essence, elle, met l’accent sur l’union à parfaire sans cesse et dont la Parole de Dieu, reçue lors des célébrations eucharistiques, est l’objet -nourrissant cette croissance (=dynamique de la vie chrétienne).

B- La participation à la royauté du Christ
Il y a différence d’essence en ce que la régence du peuple de Dieu est confiée aux ministres ; alors que la régence du monde en vue de sa sanctification (en vue de l’ordonner à Dieu) est confiée aux baptisés -et seulement aux baptisés, car sauf autorisation spéciale du pape en cas d’extrême nécessité, un ministre de l’Eglise ne peut être ministre dans le monde. (exemple d’extrême nécessité : si le gouvernement civil a fui en cas de guerre civile, un évêque peut suppléer au manque et exercer par exemple la charge de premier ministre.
La différence d’essence réside en ce que l’un des sacerdoce sert l’Eglise et l’autre, le monde.

On observe la différence de degré en ce que, à la différence des ministres ordonnés qui ne peuvent être ministres dans le monde, les laïcs, qui exercent leur ministère dans le monde, peuvent également faire partie des conseils ministériels de l’Eglise. Ici encore, la différence de degré fait apparaître le concours des deux sacerdoces.

=> Ces distinctions sont au service des relations car sans elles, soit on confond, soit on sépare, et dans ces cas il n’y a plus de relation. Elles garantissent donc les relations entre les deux sacerdoces : l’un ne s’exerce pas sans l’autre ni l’autre sans l’un (question de communion).

La question des prêtres ouvriers :
Il s’agit d’une stratégie missionnaire en milieu déchristianisé. Cela dure seulement le temps de réimplanter l’Eglise et quand il y a à nouveau une assemblée de fidèles en place, il n’y a plus besoin de prêtres ouvriers ; ils peuvent donc rendre aux fidèles leur ministère (qu’ils n’avaient pris que pour suppléer au manque).

Dans le baptême, il y a deux dons : le caractère et la grâce.
Le caractère est une capacité d’agir : il rend apte à concourir à la célébration eucharistique et à offrir le sacrifice de soi-même. Il ne dépend pas de la sainteté personnelle. On peut offrir le sacrifice du Christ indépendamment de sa sainteté personnelle.
La grâce du baptême est celle de l’adoption filiale. Elle est de l’ordre de la sainteté personnelle : pendant l’Eucharisite, le baptisé s’offre lui-même dans la mesure où il est uni au Christ.

Dans le sacrement de l’Orde :
Le caractère donne la capacité aux ministres ordonnés (et seulement aux ministres ordonnés) de dire la messe. La grâce leur est donnée pour leur permettre d’accomplir droitement le ministère.
Le prêtre célèbre en vertu du caractère reçu du sacrement de l’Ordre, en vue de donner le Christ.
Mais il est aussi baptisé et en cela il offre aussi le sacrifice spirituel de lui-même, qui est l’offrande des actes de son ministère qu’il pose par amour. C’est par les actes de son ministère que le prêtre se sanctifie. C’est là le point essentiel d’une spiritualité sacerdotale. -> Le prêtre consacre toute sa vie à son ministère ; ainsi l’offrande de sa vie correspond à l’offrande de son ministère.

Les religieux sont des baptisés qui ont choisi de consacrer toute leur vie à la prise en main de leur baptême.

Et les dominicains ? Pourquoi certains sont-ils prêtres ?
Les frères constituent une communauté de type clérical qui a toujours inclus des frères coopérateurs (non ordonnés). C’est un ordre de prêcheurs (prêtres) : ils ont mission de prêcher la Parole pour conduire les hommes aux sacrements.
Dans ce cas -des prêtres religieux- le sacerdoce baptismal sert le sacerdoce ministériel : vivre au maximum les actes du ministère sacerdotal nécessite de bien vivre le baptême.

Et pour les prêtres diocésains ?
Dans leur cas, il est nécessaire de vivre pleinement la spiritualité sacerdotale.

Note : sacrifice = tout acte bon fait en vue de nous unir à Dieu (selon St Augustin dans « la Cité de Dieu » au Livre X, chap. 6)

Bibliographie sommaire :
Pie XII, enc. Mediator Dei, AAS 35 (1947), notamment pages 554-557
Pie XII, alloc. Magnificate Dominum, AAS 46 (1954), p. 669
Vatican II, Lumen gentium 10 ; commentaire par E.-J. De Smedt, « Le sacerdoce des fidèles », in L’Eglise de Catican II, coll. Unam Sanctam 51b, Paris, 1966, p. 413. Voir aussi G. Philips, L’Eglise et son mystère au deuxième Concile du Vatican, T.1, Paris, 1967, p. 152-152
Y. Congar, « Quelques problèmes touchant les ministères », NRTh 93 (1971), p. 790. Voir aussi « Structure du sacerdoce chrétien » in Sainte Eglise, coll. Unam Sanctam 41, Paris, 1963, p. 261-262
G. Emery, « Le sacerdoce spirituel des fidèles chez S. Thomas d’Aquin », in Actes du colloque Saint Thomas d’Aquin et le sacerdoce, RT 99 (1999), p. 211-243 (not. p. 240-242)
Jean-Paul II, Exhortation Chritifideles laici, AAS 81 (1989), p. 393-521 (en part. n°22)
Catéchisme de l’Eglise catholique n°1547. Exhortation Pastores dabo vobis, AAS 84 (1992), p. 657-804 (not. n° 17)
Congrégation pour le clergé, Directoire Dives Ecclesiae (31 mars 1994), Enchiridion Vaticanum, vol. 14, Bologne, 1997, p. 376 s. (not. n°6).
Congrégation pour le clergé et le Conseil pontifical pour les laïcs, Instruction Ecceliae de mysterio, 15 août 1997, AAS 89 (1997), pp. 852-877.
Benoît XVI, discours à l’assemblée plénière de la Congrégation pour le clergé, 16 mars 2009, Doc. cath. 2424 (2009), p. 484.
Dictionnaire de théologie catholique, vol. X, col. 1258.

28 mai, 2010

La diversité des ministères en vue du bien commun

Classé dans : Annéee sacerdotale,Eglise — senalaetitia @ 20:24

La diversité des ministères, c’est la même grâce de Dieu qui opère tout en tous en vue du bien commun. Dieu a disposé le corps pour qu’il ne soit pas divisé mais qu’au contraire les membres se témoignent une mutuelle sollicitude.

Les prêtres, à la suite des premiers apôtres, sont mandatés pour exercer le sacerdoce du Christ :
« Tout grand prêtre en effet, pris d’entre les hommes, est établi pour intervenir en faveur des hommes dans leurs relations avec Dieu, afin d’offrir dons et sacrifices pour les péchés. Il peut ressentir de la commisération pour les ignorants et les égarés, puisqu’il lui-même également enveloppé de faiblesse, et qu’à cause d’elle, il doit offrir pour lui-même des sacrifices pour le péché, comme il le fait pour le peuple. Nul ne s’arroge à soi-même cet honneur, on y est appelé par Dieu, absolument comme Aaron.
De même ce n’est pas le Christ qui s’est attribé à soi-même la gloire de devenir grand prêtre, mais il l’a reçue de celui qui lui a dit : tu es mon fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré ; comme il dit encore ailleurs : Tu es prêtre pour le monde éternel, selon l’ordre de Melchisédech.

Le ministère du prêtre est donc celui d’Aaron ou de Moïse… conforme à celui du Christ -d’où ce que l’on n’ordonne pas de femmes au ministère sacerdotal et que l’on choisit des ministres célibataires qui ne se marieront pas…

Cet Ordre établi est juste et bon car voulu par Notre-Seigneur pour la cohésion de son Eglise, pour que son corps mystique ne soit pas divisé mais parvienne à l’unité parfaite, comme son corps humain dont aucun os n’a été brisé ou encore son vêtement sacerdotal qui est resté d’une seule pièce comme il était.
L’ordre dans l’Eglise ne crée pas de division si l’on ne s’occupe pas des discours de séducteurs ; si l’on ne se bat pour tirer à soi, chacun de son côté, le vêtement sacerdotal cousu tout d’une pièce, il restera d’une pièce. C’est la vaine gloire qui pousse à essayer de l’arracher pour soi, or la vaine gloire est une iniquité. Si l’on considère que nous sommes tous appelés à être témoins du Christ pour la gloire de Dieu -et non pour la sienne propre- il n’y a pas lieu de se diviser, mais nous demeurons unis dans le Christ selon sa volonté (car il a prié le Père : « q’ils soient un comme toi et moi nous sommes un »), considérant que si un membre est à l’honneur c’est tout le corps qui se trouve honoré et toute la gloire revient au Chef de cette oeuvre… N’est-ce pas pour cela, la gloire de Dieu et le salut du monde, que le Saint Sacrifice est offert sur l’autel !?

Il existe des railleurs qui reprochent à l’Eglise d’avoir une organisation (comme si un corps pouvait tenir debout sans ordre) et qui trouvent injuste que tout le monde ne soit pas prêtre, ordonné au sacerdoce ministériel. Or tout le peuple chrétien est un peuple de prêtres puisque par le baptême chacun reçoit la plénitude de l’onction qui l’établit prêtre, prophète et roi. Mais tout le monde ne peut pas exercer la fonction de pasteur du peuple de Dieu, ne serait-ce que parce que si tout le monde était pasteur, il n’y aurait plus de brebis et don cplus besoin de pasteurs : le ministère n’aurait pas lieu d’exister ! Cela arrivera, certes, une fois le Royaume pleinement accompli, quand nous serons tous saints et que Dieu-parmi-nous (Emmanuel) aura sa demeure. Jusqu’à ce moment-là, tant que toutes les brebis ne sont pas rentrées au bercail (je ne parle pas des boucs ni des moutons mais seulement des brebis, celles qui reconnaissent la voix du Seigneur quand il les appelle par leur nom), les pasteurs choisis par le Christ ont à charge de les faire paître selon la parole dite à Pierre par le Seigneur : « Pais mes brebis ».
Ainsi, même si tout le monde n’est pas chargé de la pastorale, chacun est disciple et témoin du Christ selon la grâce reçue de l’Esprit Saint.

Nous sommes le corps du Christ et le Christ est la tête de ce corps. De même qu’un corps est composé de différents membres unis et interdépendants qui exercent différentes fonctions, de même, l’Eglise est composé de plusieurs membres unis et interdépendants qui exercent différentes fonctions. C’est l’interdépendance entre les membres du coprs qui fait que l’oeil ne peut pas renvoyer les pieds… Dans l’Eglise, de la même façon, chaque membre a sa place et son importance : « si le tout était un seul membre, où serait le corps ? » C’est le choix de Dieu qui place les pasteurs en premier : « ceux que Dieu a établi dans l’Eglise sont premièrement les apôtres, deuxièmement les prophètes, troisièmement les docteurs [...] Puis il y a les miracles, puis les dons de guérison, d’assistance, de gouvernement [...] Mais malgré la diversité des ministères, c’est la même grâce de Dieu qui opère tout en tous, en vue du bien commun. »  (voir 1 Co 12, 1-30)

Malgré cette hiérarchie, au final, personne n’est lésé et il n’y a pas de malheureux au paradis ! Sainte Thérèse de Lisieux s’était posé cette question et se disait qu’il devait y avoir des saints frustrés à la vue de la gloire plus élevée d’autres saints. Alors sa soeur lui a expliqué qu’il n’en était pas ainsi car Dieu comble chacun autant qu’il peut recevoir. Je vais reprendre la comparaison qu’elle a donné pour bien le montrer : si on prend deux verres, un petit et un grand et qu’on les remplis tous deux à ras, les deux sont plein et aucun ne peut recevoir plus de sorte que le petit n’est pas moins plein que le grand. De la même façon, les saints qui ont une gloire moins élevée ne sont pas malheureux puisqu’ils ne pourraient pas porter plus ; comme le petit verre est tout aussi plein que le grand, les petits saints sont tout aussi comblés que les grands.

Enfin, il en va de la grâce comme des autres biens sur ce point : il ne faut pas désirer injustement le bien du prochain selon qu’il est écrit « Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, tu ne désireras ni sa maison, ni son champ, ni son serviteur ou sa servante, ni son boeuf ou son âne : RIEN de ce qui est à ton prochain » (Deutéronome 5, 21)
Ainsi, si certains sont appelés au sacerdoce ministériel, nul n’a à leur envier ni leur appel, ni leur charge !

14 mars, 2010

Année sacerdotale… Le Pape Benoît XVI nous parle du prêtre et de la vocation sacerdotale

Classé dans : Annéee sacerdotale — senalaetitia @ 17:49

« Dans l’appel universel à la sainteté se détache l’initiative spéciale de Dieu qui choisit certains afin qu’ils choisissent son Fils Jésus Christ de plus près et soient ses ministres et ses témoins privilégiés. Il est vrai que dans telle ou telle région de la terre on constate un manque préoccupant de prêtres et des difficultés et des obstacles se dressent sur le chemin de l’Eglise ; cependant nous sommes soutenus par la ferme certitude que le Seigneur guide l’Eglise avec sûreté sur les sentiers de l’histoire vers l’accomplissement définitif du Royaume, lui qui choisit librement et invite à sa suite des personnes de toute culture et de tout âge, selon les insondables desseins de son amour miséricordieux. Pour devons prier pour que s’exerce cette initiative divine dans les familles et les paroisses, dans les mouvements et les associations engagées dans l’apostolat, dans les communautés religieuses et dans toutes les structures de la vie diocésaine. Pour que le peuple chrétien tout entier grandisse dans la confiance en Dieu, dans la certitude que le « Maître de la moisson » ne cesse pas de demander à certains de consacrer librement leur existence pour collaborer plus étroitement avec lui à l’oeuvre du salut. Qui peut se juger digne d’accéder au ministère sacerdotal ? La réponse de l’homme à l’appel divin ne ressemble jamais au calcul craintif du serviteur paresseux qui, par peur, a enfoui dans la terre le talent qui lui a été confié (Cf Mt 25, 14-30), mais s’exprime en une prompte adhésion à l’initiative du Seigneur, comme le fit Pierre quand il n’hésita pas à jeter de nouveau les filets en se fiant à sa parole, alors qu’il avait peiné toute la nuit sans rien prendre (cf Lc 5, 5) »

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