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4 juillet, 2010

« Catholique non pratiquant » : le paradoxe

Classé dans : Foi, témoignage, exhortations — senalaetitia @ 14:14

On ne peut pas être à la fois catholique et non pratiquant car un chrétien -à fortiori un catholique- est un disciple du Christ et donc, il l’appelle Maître. Ce qui fait qu’on est disciple de son Maître, c’est justement qu’on le suit, qu’on fait ce qu’il dit.
Voici ce que dit le Seigneur à ce sujet :

Ce n’est pas en me disant « Seigneur, Seigneur« , qu’on entrera dans le Royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est dans les cieux. beaucoup me diront en ce jour-là : « Seigneur, Seigneur, n’est-ce pas en ton nom que nous avons prophétisé ? En ton nom que nous avons chassé les démons ? En ton nom que nous avons fait bien des miracles ? » Alors je leur dirai en face : « Jamais je ne vous ai connu ; écartez-vous de moi vous qui commettez l’iniquité« . (Mtt 7, 21-23 _ voir aussi la suite jusqu’au v.27)

On lit aussi en Luc 6, 46-49 :

« Pourquoi m’appelez-vous « Seigneur, Seigneur«  et ne faites-vous pas ce que je dis ?
Quiconque vient à moi, écoute mes paroles et les met en pratique, je vais vous montrer à qui il est comparable. Il est comparable à un homme qui, bâtissant une maison, a creusé, creusé profond et posé les fondation sur le roc. La crue est venue, le torrent s’est rué sur cette maison mais il n’a pu l’ébranler, parce qu’elle était bien bâtie. Mais celui au contraire qui a écouté et n’a pas mis en pratique est comparable à un homme qui aurait bâti sa maison à même le sol, sans fondations. Le torrent s’est rué sur elle et aussitôt elle s’est écroulée ; et le désastre survenu à cette maison a été grand.
 »

Chez Matthieu, Jésus compare ce deuxième homme, qui écoute sans mettre en pratique, à un insensé !
Un chrétien pratique nécessairement. Si on est « non pratiquant » on n’est plus vraiment chrétien. Et si on continue de se dire chrétien, on est semblable aux apostats…
Les apostats passent bien pour chrétiens pour le moment mais au dernier Jour, tout sera dévoilé et alors « il y aura des pleurs et des grincements de dents ». On peut ne rien pratiquer et faire croire aux hommes qu’on agit au nom du Seigneur pendant toute la durée de sa vie mais au dernier jour, le Juge est omniscient et s’il vient à dire : « Jamais je ne vous ai connu ; écartez-vous de moi vous qui commettez l’iniquité« , alors c’est que c’est déjà trop tard pour renoncer à l’apostasie.

Pour être sauvé, il ne s’agit pas tant de se dire chrétien que de l’être en vérité ; et l’être en vérité implique la pratique religieuse enseignée par notre Seigneur. Cette pratique, il l’enseigne dans le Nouveau Testament, mais aussi dans l’Ancien puisqu’il a précisé qu’il n’est pas venu abolir la Loi mais l’accomplir ; il l’enseigne enfin par la voie de l’Eglise qu’il a établie en instituant les Apôtres pasteurs de son troupeau -qui se sont succédés jusqu’à ce jour où leur collège est constitué par les évêques réunis autour du Pape, successeur de Saint Pierre.

Mais en pratique, aller à la messe le dimanche si on ne pratique pas ce qu’on a reçu ne fait pas de nous des chrétiens. Nous avons à y aller pour écouter l’enseignement de l’Eglise, approfondir cet enseignement par la prière et la méditation personnelles et le mettre en pratique. L’important, me direz-vous, est de le mettre en pratique alors pourquoi la messe, la lecture et la prière personnelles… et bien parce que pour mettre en pratique un enseignement, il faut d’abord le recevoir !

Allons « France, qu’as-tu fait de ton baptême? », demande Jean-Paul II…

Homélie du 20 juin 2010 : Le chrétien dans la foule

Classé dans : Homélies dominicales — senalaetitia @ 12:23

Le chrétien dans la foule

20 juin 2010, 12e T.O. année C

Sur Zach. 12, 10-11 ; 13, 1 ; Gal. 3, 26-29 ; Luc 9, 18-24.

« Pour la foule, qui suis-je ? ». La réponse d’aujourd’hui, celle de la foule, reste la même que celle d’hier : « un prophète », une belle figure, une figure parmi d’autres, coincée entre Bouddha et Mahomet. C’est d’ailleurs ainsi que se manifeste une société qui fut chrétienne et qui s’éloigne du christianisme : l’étal des librairies place à égalité toutes les religions. Ailleurs, dans d’autres pays, ce n’est certes pas le cas. Une foule devenue pluraliste signale son apostasie.

« Pour la foule, qui suis-je ? » demande Jésus, à ses risques et périls. Sa seconde question n’est pas moins périlleuse : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » C’est lui-même qui nous donne la grâce de répondre : « le Messie de Dieu ». Mais répondons-nous avec assurance ? Et où, devant qui, avec quels gestes, quels mots ? Si Jésus est le Messie de Dieu, nous voilà transformés, configurés à lui, envoyés proclamer son Nom. À la vérité, l’irruption du Christ change la vie ; sinon, rien n’est fait. De quelle façon le Christ change-t-il la vie ?

Dans la seconde lecture, saint Paul brosse le portrait du chrétien. Vous êtes tous fils de Dieu par la foi, dit-il, et cela en vertu du baptême, qui unit au Christ. L’union au Christ est à la fois le point de départ et le point d’arrivée. Point de départ, en vertu du baptême ; point d’arrivée, par l’accroissement en nous de la foi, de l’espérance, de la charité ; enfin, par la marche vers la gloire céleste.

Notre filiation n’est donc pas donnée dès la naissance, elle est le cadeau de la seconde naissance, celle du baptême. Et ce baptême est à la fois personnel et collectif : « Vous êtes tous fils de Dieu par la foi ». La série des idées articulées par saint Paul est donc la suivante : baptême, foi, union au Christ, pour chacun et aussi pour tous. C’est ainsi que nous sommes configurés au Christ, ressemblants selon la même figure, au double sens de l’identité et du visage. Le Christ a revêtu notre nature humaine, et nous, nous revêtons un peu de sa divinité, par son humanité. Nous lui ressemblons désormais, et nous nous dirigeons vers lui, par lui.

Oui, à condition d’être baptisés, d’avoir la foi et de se laisser pétrir par le Christ. L’une des phrases de Jean-Paul II les plus célèbres fut celle de 1980, sur le parvis de Notre-Dame de Paris : « France, qu’as-tu fait de ton baptême ? » Trop de chrétiens ont débaptisé la société, ils ont même oublié de baptiser leurs enfants. Le résultat invite à une révision à la hausse : si nous bradons le baptême, c’est que nous ne croyons plus que le Christ est le Chemin, la Vérité, la Vie. Nous rejoignons alors la foule, son égarement et son bêlement.

Saint Paul résume son propos en une formule : « Vous avez revêtu le Christ ». Qu’est-ce que revêtir ?

Se contenter de s’habiller, c’est déjà beaucoup. Voyez l’importance du vêtement et, aujourd’hui plus que jamais, des codes du vêtement ; voyez l’écrasante publicité qui en est faite, les fortunes qui s’y engloutissent, les après-midi que l’on passe à lécher les vitrines. Innocentes promenades mais danger public pour qui s’aventure à longer, en courant, une rue piétonnière bordée de boutiques : les regards, surtout féminins, sont braqués vers la droite ou vers la gauche, mais pas devant, aspirés par les vitrines. La collision guette !

Le vêtement, sa préparation engloutit un temps considérable, souvent de façon disproportionnée, et suscite un art social des plus subtils. Quiconque prétendrait s’en affranchir ne ferait que remplir la case ultime du système, celle de l’asocial. Les codes fonctionnent à plein, en permanence, pour tous. Pourquoi ? Parce que le vêtement dessine l’identité. Il la montre et aussi la détermine. L’adolescent, théoriquement en révolte contre le monde entier, rejette les codes familiaux pour embrasser les codes vestimentaires les plus imposés, ceux, uniformes, de sa génération. La foule, c’est d’abord le code du vêtement.

Revêtir le Christ : s’il s’agissait de s’habiller en chrétien, ce serait déjà s’afficher, presque provoquer. Or être chrétien et le montrer, cela ne se fait pas. Un chrétien, c’est celui qui se cache, qui ne parle pas, qui ne dit pas qu’il est chrétien ; qui, pour être accepté en société et dans son milieu professionnel, va tout faire pour se dissimuler, croyant ainsi, à la longue, levain incolore qu’il est devenu, faire lever la pâte. Dans une foule, celui qui disparaît, c’est un chrétien. Le résultat est le triomphe de la laïcité et le déséquilibre des religions. Dans un débat, celui qui estime les religions des autres supérieures à la sienne, c’est le chrétien, c’est même à cela qu’on le reconnaît, etc. La tolérance, alors brandie, devient une perversion de la doctrine du Christ, elle confond l’accueil des personnes à la vérité de la foi. Donc, si revêtir le Christ signifiait se montrer davantage, pour tenir son rang, pour être, ce serait déjà beaucoup.

Mais revêtir le Christ signifie davantage que s’habiller ou se montrer : dans la bouche de saint Paul, à plusieurs reprises, ainsi que dans l’Ancien Testament, revêtir, c’est voir son être transformé, c’est revêtir en profondeur, devenir celui qu’on revêt, devenir un autre Christ.

Ce vêtement-là nous colle à la peau, il ne se change plus, il nous guide à loisir. Revêtir la livrée du Christ, c’est voir sa vie assimilée à celle du Christ, de plus en plus. Où une livrée conduit-elle ? À ceci, que Jésus énonce à la foule : « Celui qui veut marcher à ma suite, qu’il prenne sa croix chaque jour, et qu’il me suive. Or celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie pour moi, la sauvera ». Le vêtement est identification.

Habillé par le Christ, ainsi revêtu du Christ, on se promène, on traverse alors la foule. Et la foule voit, elle pressent quelque chose, elle renifle que certaines vies lui échappent. Comme la bonne odeur du Christ se laisse humer, le chrétien doit s’attendre à se voir accueilli ou rejeté, non à cause de lui-même, mais à cause du Christ, dont il répand le parfum.

Longtemps, notre société, même devenue laïque, a permis d’être chrétien (chez soi) et laïc (en public), sans trop de tiraillements. C’est fini. Le temps vient où il va falloir discerner, choisir, s’armer de courage. Nous portons, dit encore saint Paul, un héritage. Pourquoi cet héritage serait-il lourd à porter ? Il est léger au contraire, il rend à la vie sa vérité.

L’hostilité croissante de la foule trahit peut-être un dépit : « Où êtes-vous, les chrétiens ? Qu’avez-vous à nous dire ? Portez-vous les paroles de la vie éternelle, ou non ? Le Christ est-il le Messie de Dieu ? Dites-le nous. Si c’est non, ne vous étonnez pas que l’on regarde ailleurs. Car tout homme cherche la vérité ».

fr. Thierry-Dominique Humbrecht, op

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